«J'ai beau faire, la fortune ne me rira jamais; je suis né pour l'inaction et peut-être est-ce pour moi un bonheur de n'avoir jamais rien à faire, parce que j'aurai toujours la ressource de penser que j'aurais peut-être bien fait.....»

«J'avais lu dans une gazette que mon frère était exilé, mais la nouvelle ne s'est pas confirmée et une lettre que je viens de recevoir de la duchesse de Choiseul ne me donne aucun lieu de le croire.

«Jamais la roue de la fortune n'a tourné aussi vite chez nous qu'à cette heure, je souhaite que tous les roués s'en trouvent bien, mais il me semble qu'on paie un peu cher la petite fantaisie de jouer un rôle dans le monde.

«Je salue profondément la princesse jolie mère et la princesse jolie fille.»

Avec la permission de l'empereur, Boufflers, qui commence à trouver le temps long à Vienne, part pour visiter le camp de Hongrie. De là, il ira en Transylvanie, puis il reviendra par la Silésie et la Bohême, où il est invité dans tous les châteaux.

Son séjour en Hongrie ne paraît pas lui avoir donné une haute idée des habitants. Il écrit en effet à son oncle:

«Le 11 septembre 1771.

«Quelque gentillesse qu'on attribue à MM. les Hongrois, croyez que ce sont les plus tristes drilles de l'Europe, paresseux, lâches, intéressés, vains et sots. Joignez à cela qu'ils sont grossiers, sales et fripons,—et puis aimez-les.

«Ma ressource ici, c'est un cardinal qui a son château à quatre milles et chez qui je vais souvent. Il a été autrefois dans la plus brillante faveur, il en a gardé l'archevêché de Vienne, l'évêché de Veitzen et environ 200,000 florins faisant 500,000 livres de revenu, mais ce pauvre homme s'ennuie parce que les richesses ne consolent pas les ambitieux disgraciés.

«J'ai souvent réfléchi comme beaucoup d'autres à tout ce que l'homme désire et au peu qu'il lui faut, et j'ai pensé que tout calculé, tout rabattu, il n'y a pas un gueux qui, sans le savoir, n'aspire à la monarchie universelle. Cette idée-là ne me sortira de la tête que quand je verrai un homme content. Je dis content, non point parce que ses désirs seront modérés par la philosophie, car j'espère être un jour avec vous de ce nombre-là, mais parce que ses désirs auront été rassasiés par la fortune.