«J'ai ensuite réfléchi à cette monarchie universelle, et j'ai cru trouver qu'on ne la désirait pas tant pour maîtriser tout l'univers que pour le faire contribuer à nos besoins physiques. Le superflu ne nous plaît que parce qu'il est un supplément au nécessaire et nous avons tant de besoin de ce nécessaire que notre esprit est toujours vaguement occupé des moyens de n'en pas manquer. Les richesses, l'autorité, la considération, sont en effet des moyens pour cela, et nous avons beau les avoir en notre possession, un degré de plus paraît encore un moyen de plus, et il devient, à cause de cela, l'objet d'un nouveau désir. C'est pour cela que jamais les désirs ne finiront et jamais le bonheur n'arrivera dans la demeure des hommes.
«Je me suis embarqué dans un océan de morale, mais je crois que je ferai bien de carguer les voiles, parce que j'entends sonner la cloche du dîner et que ce qu'il y a de mieux à faire avec ces gens-ci, c'est de boire et de manger.
«Je salue profondément mon prince et ma princesse, je compte toujours sur leurs bontés et j'espère d'ici à quelque temps les aller cultiver, ainsi que mon petit jardin.
«Voudrez-vous bien vous charger de dire à ma mère que je suis toujours au monde depuis qu'elle m'y a mis et que je n'en sortirai pas, s'il plaît à Dieu, sans avoir eu auparavant l'honneur de lui faire ma cour.»
Enfin, après une année perdue, Boufflers se décide à regagner la France, très triste, très déçu, ayant perdu toute confiance en lui-même, et tout espoir pour l'avenir.
CHAPITRE IX
1771
Exil du duc de Choiseul.—Réception du prince de Beauvau à l'Académie.—Disgrâce du prince.—Mme de Boufflers et le prince de Bauffremont.—Voyage de M. de Bauffremont à Chanteloup.—Mme de Boufflers à Montmorency.—M. de Bauffremont achète une propriété dans la vallée.—Tressan vient également s'y installer.
Pendant que le chevalier de Boufflers courait vainement après la gloire sur les confins de la Pologne, de graves événements se passaient à Paris.
L'année 1770, en effet, se termina par un coup de théâtre inattendu. Le 24 décembre, Choiseul, dont la fortune paraissait inébranlable, recevait du Roi un ordre d'exil. C'était une véritable catastrophe pour les partisans du puissant ministre[ [76].