C’est en lui que s’éteignit la descendance mâle de notre Geoffroy, car Louis n’eut que des filles. On a vu que Blanche, dont on le faisoit le père, n’étoit pas sa fille, mais sa tante ; ses filles furent Françoise et Marguerite, « femme de René Bourré[74], seigneur de Jarzé, dont la postérité est tombée dans la maison Du Plessis des Roches Pichemel, de laquelle est M. le marquis de Jarzé[75]. » Quant à Françoise, fille aînée et principale héritière de son père Louis, elle épousa, le 30 juillet 1494, Hardouin de Maillé, 10e du nom, né en 1462. Il s’obligea de prendre le nom et les armes de La Tour, sous peine de 50,000 écus ; mais, après la mort de ses frères sans hoirs mâles, il se déclara aîné de sa maison, et François Ier releva ses descendants de cette obligation, leur permettant de reprendre le nom et les armes de Maillé, en y ajoutant le nom de La Tour Landry[76]. » Les armes de Maillé sont bien connues, d’or à trois fasces ondées de gueules ; mais celles de La Tour Landry le sont bien moins, précisément à cause de l’abandon qui en fut fait. Le Laboureur (p. 80) dit qu’elles sont d’or à une fasce crenelée de 3 pièces et massonnée de sable ; Gaignières, qui les a dessinées et blasonnées de sa main sur un feuillet de papier, passé, comme toute la partie héraldique de sa collection, dans les dossiers du Cabinet des titres, nous donne de plus l’émail de la fasce, qui étoit de gueules. La description qui s’en trouve en tête des généalogies manuscrites a un détail différent : elle indique la fasce comme bretessée, c’est-à-dire crénelée, de trois pièces et demie. Il n’est pas rare de trouver une fasce crénelée de deux pièces et deux demi-pièces ; dans le cas de trois pièces et demie, il faudroit, sa place n’étant pas indiquée, mettre la demi-pièce à dextre ; mais nous préférons nous tenir à la première armoirie, qui est la plus probable, puisqu’elle ne sort pas des conditions ordinaires.
[74] D’argent à la bande fuselée de gueules. — Généal. ms. 1.
[75] Le Laboureur, p. 80.
[76] Anselme, VII, 502 ; et La Chesnaye des Bois, IX, 314.
II.
Du livre des Enseignements.
Dès les premiers mots de son ouvrage, Geoffroy de La Tour Landry a pris soin de nous apprendre la date de sa composition, par la façon dont il entre en matière : « L’an mil trois cens soixante et onze. » Si la mention du printemps n’est pas, comme il est possible, tant elle est dans le goût des écrivains de l’époque, une pure forme littéraire, ce seroit même au commencement de l’année, puisqu’il parle de l’issue d’avril[77]. Le livre ne fut fini qu’en 1372, car nous y trouvons cette date mentionnée formellement[78], et nous n’aurions pas même besoin de cela pour en être sûr, puisqu’à un autre endroit il est parlé de la bataille de Crécy comme ayant eu lieu « il y a xxvj ans » ; comme elle s’est donnée, ainsi qu’on sait, le 26 août 1346, les vingt-six ans nous auroient toujours donné cette même date de 1372.
[77] Pâques étant cette année-là le 6 avril, il n’y a pas lieu de changer la date de 1371 en celle de 1370.
[78] « Je vous en diray une merveille que une bonne dame me compta en cest an, qui est l’an mil trois cens lxxij. » ([Ch. xlix p. 103.])
Il y a aussi une remarque curieuse à faire sur cette préface, c’est qu’elle a été écrite en vers, et Geoffroy, sans le vouloir, a pris soin de nous le faire toucher du doigt, quand il dit (v. [p. 4]) qu’il ne veut point mettre ce livre en rime, mais en prose, afin de l’abréger, c’est-à-dire de le faire plus court et plus rapidement. C’est la preuve la plus complète qu’il a voulu d’abord l’écrire en vers, puisqu’on retrouve dans tout ce qui précède cette remarque, non seulement une mesure régulière, mais presque toutes les rimes, tant il l’a peu changé en le transcrivant en prose. Pour le montrer, il suffit d’en imprimer une partie de cette façon ; avec des changements absolument insignifiants, on retrouve toute la phrase poétique :
L’an mil trois cens soixante et onze,