Le manuscrit de Saint-Victor, no 853, relié en 1852, en maroquin rouge, avec le R. F. de la dernière République, est sur parchemin, de format petit in-fo carré, à 39 longues lignes par page et d’une grosse écriture de la fin du xve siècle. Les deux premiers feuillets sont occupés par une table divisée en 89 chapitres ; le premier feuillet du texte, qui porte en haut la signature Dubouchet, 1642, a une détestable miniature, et, sur la marge, deux écussons en losange, partis, à dextre, d’or à la croix contre-herminée, et, à senestre, de gueules à trois fasces de vair à la bordure d’or. Nous ne savons à qui appartiennent ces armes ; nous ferons remarquer seulement que les maisons de Mercœur en Auvergne et de Royère en Limousin portent de gueules à trois fasces de vair[87]. Les douze derniers feuillets sont occupés par l’histoire de Griselidis, et c’est pour cela que le relieur a mis sur le dos : Miroir des femmes mariées.
[87] Grandmaison, Dictionnaire héraldique, 1852, in-4o, col. 355.
Le no 76731, qui porte dans le fonds Delamarre le no 233, est sur parchemin et petit in-4o à deux colonnes très étroites et de 30 lignes. Il est incomplet en tête de quelques feuillets, et commence au conte de celle qui mangea l’anguille : « [Un exemple vous vueil dire sur] le fait des femmes qui mangeoient les bons morceaux en l’absence de leurs maris. » Les derniers feuillets du ms. sont très mutilés ; il est même incomplet de la fin, car le recto du dernier feuillet — le verso est collé sur une feuille de papier qui en soutient les morceaux — s’arrête dans la fin de l’histoire de Catonnet. Les fers de la reliure, qui est du dernier siècle et sans titre sur le dos, paroissent allemands.
Le no 7568 est sur parchemin, de format petit in-4o, et dans sa reliure originale de bois couvert de velours vert et garni autrefois de fermoirs. Il est écrit à longues lignes d’une écriture très cursive et négligée, de la fin du xve siècle ; les feuillets 1 à 125 sont occupés par notre roman, 126 à 134 par la patience de Griselidis, 135 à 139 recto par l’histoire du chevalier Placidas et de son martyre, après lequel il fut nommé saint Eustache, enfin 139 verso à 144 par le Débat en vers du corps et de l’âme, le même dont on trouve une édition dans le recueil que j’ai copié au British Museum et dont la réimpression forme les trois premiers volumes de l’Ancien Théâtre françois. A la fin du Débat se trouve la signature Ledru, évidemment celle du copiste. Le volume a fait partie de la bibliothèque royale du château de Blois, car on lit sur le feuillet de garde : Bloys, et au dessous : « Des hystoires et livres en françoys. Pulo 1o (pulpito primo). — Contre la muraille de devers la court. » Au xviie siècle, on mit sur le premier feuillet le no MCCLIIII, et plus tard les nos 1052 et 7568, qui est le numéro actuel. Au commencement, le chevalier, seul dans son jardin, est peint dans la grande lettre, et l’encadrement assez délicat de la page, formé de rinceaux, de fleurs et de fraises, offre deux M, l’un rose, l’autre bleu, et la place, malheureusement grattée, d’un écu d’armoiries.
Le no 3189 du Supplément françois est un petit in folio sur papier, d’une très mauvaise écriture de la fin du xve siècle. Après un traité en françois sur les péchés et les commandements de Dieu, se trouve notre roman, incomplet d’un ou deux feuillets, car il ne commence que dans la première histoire, celle des deux filles de l’empereur de Constantinople, par ces mots : « … toutes foiz qu’elle s’esveilla, et pria devotement plus pour les mors que devant et ne demoura guerres que ung grant roy de Grèce la feist demander, etc. »
Dans les autres bibliothèques de Paris, je n’en connois qu’un manuscrit sur vélin, de la fin du xve siècle et sans importance, à la bibliothèque de l’Arsenal ; il a été indiqué par Hænel dans son catalogue des bibliothèques d’Europe (Lipsiæ, 1830, in-4o, col. 340).
Mais il n’y en a pas de manuscrits qu’en France, car, pendant mon séjour à Londres, j’en ai pu voir et collationner un excellent, aussi bon, sinon même meilleur que notre manuscrit 7403. C’est sur leur comparaison, et en me servant des deux, que j’ai établi le texte que je publie ; ils sont les deux plus anciens, contemporains l’un de l’autre, et ne sont pas écrits dans un autre dialecte, ni même avec une orthographe sensiblement différente, ce qui m’a permis de prendre toujours la meilleure leçon donnée par l’un ou par l’autre, sans craindre d’encourir le reproche d’avoir mélangé des formes contraires et mis ensemble des choses opposées. Il se trouve au British Museum, dans la collection du roi[88], où il porte comme numéro la marque : 19 c viii. Ce manuscrit, sur parchemin, est composé de cahiers de huit feuillets avec réclames, à 33 longues lignes à la page, offre 164 feuillets, chiffrés en lettres du temps de son exécution. Le livre de La Tour Landry y occupe les feuillets 1-121 ; le livre de Melibée, par Christine de Pisan, les feuillets 122-146, et l’histoire de Griselidis les feuillets 147-162. Sur deux derniers feuillets, d’abord restés blancs, une main postérieure a ajouté Le codicille Me Jehan de Meung. En tête du texte se trouve une miniature ; le chevalier, vêtu d’une robe bleue à longues manches et tenant un rouleau de papier sur ses genoux, est assis sur un banc de verdure qui fait le tour du pied d’un arbre ; la partie du jardin où il se trouve est entourée d’une haie carrée soigneusement coupée, et le fond n’est pas un paysage, mais un treillis ; quant aux trois filles, toujours debout, l’aînée a une robe rouge avec un col ouvert en fraise et de très longues manches ouvertes ; les robes des deux autres sont rouges pour l’une, couleur de chair pour l’autre, et leurs manches très justes leur recouvrent presque toute la main. Le manuscrit a dû appartenir ensuite à quelque artiste du temps, car les feuillets blancs et les gardes sont couverts de très légers croquis au crayon roux d’hommes armés ou d’hommes et de femmes à cheval.
[88] Cf. Catalogue of the manuscripts of the King’s library, an appendix to the catalogue of the Cottonian library, by David Casey, deputy librarian, 1734, in-4o, p. 298.
La bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles en possède[89] deux manuscrits sur parchemin (nos 9308 et 9542) ; l’un d’eux a été, sous l’empire, à la Bibliothèque du roi (Belg. no 115), où l’a vu Legrand d’Aussy, qui le cite en tête de sa notice sur le Livre des Enseignements insérée dans le 5e volume des Notices des Manuscrits ; depuis il a fait retour à la Bibliothèque de Bourgogne. Nous ne les connoissons pas ; mais le manuscrit 7403 et celui de Londres sont trop bons, et en même temps trop conformes, pour qu’il nous eût été nécessaire d’en consulter encore d’autres.
[89] Catalogue des manuscrits de la Bibl. royale des ducs de Bourgogne. Bruxelles, in fo, I, 1842 ; Extrait de l’Inventaire général, pages 187 et 191.