Enfin La Croix du Maine[90] nous apprend qu’il avoit aussi par devers lui le livre écrit à la main, et le duc de La Vallière en possédoit aussi un ms., qui forme le no 1338 du catalogue en trois volumes (1783, I, p. 106) : « Le chevalier de La Tour, in-fol., mar. rouge. Beau manuscrit sur vélin du xve siècle, contenant 98 feuillets écrits en ancienne bâtarde, à longues lignes. Il est décoré d’une miniature, de tourneures et d’ornements peints en or et en couleurs. » Il ne fut vendu que 60 livres, bien qu’il fût certainement très supérieur comme texte aux éditions de Guillaume Eustace, qui se vendoient pourtant bien plus cher, comme on le verra tout à l’heure, car nous n’avons plus à parler que des éditions et des traductions de notre auteur.
[90] Edit. de 1772, I, 277.
IV.
Traductions et éditions.
J’ai dit en commençant qu’il avoit été fait deux traductions angloises du livre des Enseignements. L’une, la plus ancienne, qui remonte au règne de Henri VI, est inédite et est conservée en manuscrit au British Museum, dans le fonds Harléien (no 1764. 67, C.[91]). C’est un manuscrit à 2 colonnes de 41 lignes, d’une excellente et très correcte écriture, malheureusement incomplet de la fin et qui a beaucoup souffert. Le premier feuillet a une lettre ornée et un entourage courant, et tous les chapitres ont une lettre peinte. Au deuxième feuillet, on lit les signatures de deux de ses anciens propriétaires, Paulus Durant et David Kellie, écrites à la fin du xvie siècle et au commencement du siècle suivant ; on trouve même au feuillet 37 cette mention, de la main de Kellie : « James by the grace of God King of England, France and Ireland and of Scotland and defender of the faith. » Dans son état actuel, le manuscrit a 54 feuillets et commence : « In the yere of the incarnacion of our lord m ccc lxxi as y was in a garden all hevi and full of thought… », et se termine dans l’histoire des deux sœurs ([p. 238] de notre texte), par les mots : « withoute ani wisete y clothed myself in warme », suivi du mot clothes comme réclame. La traduction est exacte, la langue excellente et certainement bien moins traînante et embarrassée que celle de Caxton. Du reste, ceux qui voudroient avoir de plus complets détails sur cette traduction anonyme pourront en voir d’amples fragments transcrits dans un excellent article de la première Retrospective Review, publiée à Londres il y a une vingtaine d’années[92]. La sévérité angloise paroît avoir empêché l’auteur de citer les histoires les plus curieuses préférablement à celles dont l’honnêteté est la trop unique valeur ; mais ces extraits suffisent pleinement pour faire juger du mérite de la traduction, et c’est pour nous la plus utile partie de leur travail.
[91] Nares, Catalogue of the mss. of the Harleian library, 4 vol. in-fo, London, 1808-15 ; II, p. 208.
[92] Voici le titre exact de cette excellente collection, interrompue malheureusement peu de temps après le volume où se trouve l’article sur le livre des Counsels : The retrospective review, an historical and antiquarian magazine, edited by Henry Southern esq., M. A. of Trinity college, Cambridge, and Nicholas Harris esq., F. S. A., of the Inner Temple, barrister at law in-8o. New series, vol. I, 1827, part. II, p. 177-94. — L’article a été analysé dans notre Revue britannique, 2e série, t. V, 1831, p. 343-61.
La seconde traduction est de Caxton, le plus ancien imprimeur de l’Angleterre, et il est curieux de voir le livre de notre auteur être une des premières productions de la presse dans un pays étranger. On sait quel nombre Caxton a publié de traductions du françois, et il nous suffit de le rappeler, car une énumération nous mèneroit beaucoup trop loin. Le livre est un in-4o, dont les cahiers, de huit feuillets chacun, sont signés aii-niiij. Il commence par une préface du traducteur, qui dit avoir entrepris cet ouvrage sur la prière d’une grande dame qui avoit des filles ; aucun bibliographe anglois n’ayant fait même une supposition sur le nom de cette protectrice du travail de Caxton, nous ne pouvons qu’imiter leur silence ; nous aurions donné cette préface en appendice, si on ne pouvoit la voir reproduite dans l’édition des Typographical antiquities de Jos. Ames, donnée par Dibdin[93]. Les caractères employés par Caxton sont ceux dont on peut voir dans Ames le facsimile d’après les chroniques d’Angleterre[94]. C’est ce caractère irrégulier, plein de lettres liées entre elles et de mêmes lettres de formes différentes, qui apporte plutôt l’idée d’une écriture assez incorrecte que d’une impression ; elle est très analogue à un facsimile donné dans Ames (p. 88) d’une copie manuscrite d’Ovide qu’on attribue à Caxton. Après la préface, qui tient le premier feuillet, et la table qui en tient trois, vient le texte, qui commence : « Here begynneth the book whiche the knyght of the toure[95] made and speketh of many fayre ensamples and thenseygnements and techyng of his doughters. » Il se termine par la mention suivante : « Here fynysshed the booke which the knyght of the Toure made to the enseygnement and techyng of his doughters translated oute of frenssh in to our maternall Englysshe tongue by me William Caxton, which book was ended and fynysshed the first day of Juyn the yere of oure lord m.cccc lxxx iij And emprynted at Westmynstre the last day of Janyuer, the first yere of the regne of kynge Rychard the thyrd. » On a quelquefois mis à tort ce livre sous la date de 1484 ; l’année 1483 ayant été comprise entre le 30 mars et le 18 avril, et Edouard IV étant mort le 9 avril 1483, c’est bien cette année 1483 qui est la première année du règne de Richard III[96].
[93] London, 4 vol. in-4o, 1810, t. 1, no 27 des Caxton, p. 202-8.
[94] No 4 de la planche de Basire portant le no 8, et placée en face de la page 88.
[95] Caxton ne sait pas le nom de Landry.