Cy commence la table du livre intitulé du chevalier de la Tour, qui fut fait pour l’enseignement des femmes mariées et à marier.

Le premier chappitre contient le prologue.[1]
Le second chappitre parle de ce que on doit faire quant on s’esveille.[6]
Le tiers chappitre parle de deux chevaliers qui amoient deux suers.[7]
Le quart chappitre parle d’une damoiselle que un seigneur vouloit violer.[9]
Le quint, que on doit faire quant on est levé.[10]
Le VIe, de deux filles d’un chevalier, dont l’une estoit devotte et l’autre gourmandoit.[12]
Le VIIe, comment les femmes et les filles doivent jeuner.[14]
Le VIIIe, d’une folle femme qui chéy en un puis.[16]
Le IXe, d’une bourgeoise qui mouru et n’avoit osé confessié son pechié.[19]
Le Xe, comment toutes femmes doivent être courtoises.[22]
Le XIe, comment elles se doyvent contenir sans virer la teste çà ne là.[24]
Le XIIe, de la fille du roy de Dannemarche, qui perdit le roy d’Angleterre par sa folle contenance.[25]
Le XIIIe, de celle que le chevalier de la Tour refusa pour sa legière manière.[28]
Le XIIIIe chappitre parle comment la fille du roy d’Arragon par sa folle manière perdy le roi d’Espaigne.[30]
Le XVe, de celles qui estrivent les unes aux autres.[32]
Le XVIe, de celle qui menga l’anguille.[35]
Le XVIIe, comment nulle femme ne doit estre jalouse.[36]
Le XVIIIe, de la bourgeoise qui se fist ferir par son oultraige.[40]
Le XIXe, de celle qui sailly sus la table.[41]
Le XXe, de celle qui donna la chair aux chiens.[44]
Le XXIe, du debat qui fut entre le sire de Beaumanoir et une dame.[46]
Le XXIIe, comment il fait perilleux à estriver à gens sçavans, et parle de la dame qui prist tençon au mareschal de Clermont.[50]
Le XXIIIe, de Bouciquaut et des trois dames.[51]
Le XXIIIIe, de trois autres dames qui vouldrent tuer un chevalier.[54]
Le XXVe, de celles qui vont voulentiers aux joustes et aux pelerinaiges.[55]
Le XXVIe chappitre parle de celles qui ne veullent vestir leurs bonnes robes aux festes.[58]
Le XXVIIe parle de la suer saint Bernart.[61]
Le XXVIIIe, de celles qui ne font que gengler à l’eglise.[63]
Le XXIXe, de saint Martin de Tours et de saint Brice et du dyable.[65]
Le XXXe, de celle qui perdy à ouir la messe.[66]
Le XXXIe, d’une dame qui employoit le quart du jour pour soy appareiller.[70]
Le XXXIIe de celles qui oyent voulentiers la messe.[71]
Le XXXIIIe, de la bonne contesse qui tous les jours vouloit ouir trois messes.[72]
Le XXXIIIIe chappitre parle de celles qui vont en pelerinaiges sans devocion.[73]
Le XXXVe, de ceulx qui firent fornication en l’eglise.[80]
Le XXXVIe, du moine qui fist fornication en l’eglise.[81]
Le XXXVIIe, des mauvais exemplaires et des malices de ce monde.[82]
Le XXXVIIIe, des bons exemplaires du monde.[83]
Le XXXIXe, de Eve notre première mère et de ses folies.[85]
Le XLe chapitre contient la tierce folie de Eve.[88]
Le XLIe fait mention de la quarte folie de Eve.[89]
Le XLIIe, la quinte folie.[90]
Le XLIIIe, la VIe folie.[91]
Le XLIIIIe, la VIIe folie.[93]
Le XLVe, la VIIIe folie.[94]
Le XLVIe, la IXe folie.[96]
Le XLVIIe, d’un saint preudomme evesque qui prescha sur les cointises.[98]
Le XLVIIIe, de celles qui cheyrent en la boue.[100]
Le XLIXe, d’une damoyselle qui portoit haulx cuevre chiefs.[102]
Le Le parle d’un chevalier qui eut trois femmes et comment sa première femme fut dampnée.[105]
Le LIe, de la seconde femme du chevalier et comment elle fut sauvée.[107]
Le LIIe, de la tierce femme du chevalier et des tourmens qu’elle souffry.[109]
Le LIIIe, d’une grant baronnesse et des tourmens que l’ennemy lui fist.[111]
Le LIIIIe parle de la femme Loth.[113]
Le LVe chappitre parle des filles Loth.[115]
Le LVIe parle de la fille Jacob.[117]
Le LVIIe, de Thomar, la femme Honnan.[118]
Le LVIIIe, de la femme du prince Pharaon.[120]
Le LIXe, des filles de Moab.[122]
Le LXe, de la fille de Madian.[123]
Le LXIe, de Thomar, la fille du roy David.[125]
Le LXIIe, d’un bon homme qui estoit cordier.[126]
Le LXIIIe parle du pechié d’orgueil et de Apemena la royne de Surye.[132]
Le LXIIIIe chappitre parle de la royne Vastis.[134]
Le LXVe, de la femme de Aman.[136]
Le LXVIe chappitre parle de la royne Gesabel.[138]
Le LXVIIe, de Athalia, la royne de Jherusalem, et de Bruneheust, la royne de France.[140]
Le LXVIIIe chapitre parle d’envie, et de Marie, la suer Moyse.[142]
Le LXIXe parle des femmes Archaria.[143]
Le LXXe parle de convoitise et de Dalida, la femme Sampson.[144]
Le LXXIe chappitre parle de courroux et d’une damoyselle de Bethleem.[146]
Le LXXIIe chappitre parle d’une dame qui ne vouloit venir au mandement à son seigneur.[148]
Le LXXIIIe chappitre parle de flatterie.[149]
Le LXXIIIIe chappitre parle de descouvrir le conseil de son seigneur.[151]
Le LXXVe chappitre parle de desdaing, et de Michol, la femme David.[153]
Le LXXVIe chappitre parle de soy pignier devant les gens.[154]
Le LXXVIIe chappitre parle de fole requeste et puis de la mère David, et après de la duchesse d’Athènes.[155]
Le LXXVIIIe chappitre parle de trayson.[156]
Le LXXIXe chapitre parle de rappine.[157]
Le IIIIXXe chappitre parle de patience, et de Anna, la femme Thobie, et puis de la femme Job.[158]
Le IIIIXX et Ie chappitre parle de laissier son seigneur et de Herodias que le roy Herodes fortray à son frère.[161]
Le IIIIXXIIe chappitre. Cy laisse à parler des mauvaises femmes, et parlera des bonnes et de leur bon gouvernement, et comment l’escripture les loue ; et premièrement de Sarra, la femme de Abraham.[162]
Le IIIIXXIIIe chappitre parle de Rebecca.[163]
Le IIIIXXIIIIe chappitre parle de Lia, la femme Jacob.[165]
Le IIIIXXVe chappitre parle de Rachel.[167]
Le IIIIXXVIe chappitre parle de la royne de Chippre.[168]
Le IIIIXXVIIe chappitre parle de la vertu de charité et de la fille du roy Pharaon.[169]
Le IIIIXXVIIIe chappitre parle d’une bonne femme de Jherico, appellée Raab, et puis de saincte Anataise, et puis de saincte Arragonde.[171]
Le IIIIXXIXe chappitre parle d’abstinence et parle du père et de la mère Sampson.[174]
Le IIIIXXXe chappitre parle de aprendre sagesce et clergie.[176]
Le IIIIXXXIe chappitre parle de Ruth.[179]
Le IIIIXXXIIe chappitre parle de soustenir son seigneur.[180]
Le IIIIXXXIIIe chappitre parle de adoulcir l’ire de son seigneur.[182]
Le IIIIXXXIIIIe chappitre parle de querre conseil.[183]
Le IIIIXXXVe chappitre parle d’une preude femme.[185]
Le IIIIXXXVIe chappitre parle de Sarra, la femme Thobie.[187]
Le IIIIXXXVIIe chappitre parle de la royne Hester.[189]
Le IIIIXXXVIIIe chappitre parle de Susanne, la femme Joachim.[191]
Le IIIIXXXIXe chappitre. Cy commence à parler des femmes du nouvel testament, et premierement de saincte Helizabeth, mère de saint Jehan Baptiste.[193]
Le centiesme chappitre parle de saincte Marie Magdaleine.[194]
Le CIe chappitre parle de deux bonnes dames, femmes à mescréans.[196]
Le CIIe chappitre parle de saincte Marthe, suer à la Magdaleine.[197]
Le CIIIe chappitre parle des bonnes dames qui plouroyent après nostre seigneur quant il portoit la croix.[199]
Le CIIIIe chappitre parle de pechié d’yre et puis d’une bourgoyse qui ne vouloit pardonner ce que une femme luy avoit meffait.[201]
Le CVe chappitre parle comment les dames doyvent venir à l’encontre de leurs amis quant ilz les viennent veoir à leur hostel.[204]
Le CVIe chappitre parle de l’exemple de pitié et comment un chevalier fist champ de bataille, pour une pucelle delivrer de mort.[206]
Le CVIIe chappitre parle des trois Maries.[208]
Le CVIIIe chappitre parle du saige.[210]
Le CIXe chappitre parle de Nostre-Dame.[212]
Le CXe chappitre parle de l’umilité Nostre-Dame.[214]
Le CXIe chappitre parle de la pitié Nostre-Dame.[216]
Le CXIIe chappitre parle de la charité Nostre-Dame.[218]
Le CXIIIe chappitre parle de la royne Jehanne de France.[220]
Le CXIIIIe chappitre parle de plusieurs dames vefves.[221]
Le CXVe chappitre parle d’un simple chevalier qui espousa une grant dame.[224]
Le CXVIe chappitre parle de bonne renommée.[225]
Le CXVIIe chappitre parle comment on doit croire les anciens.[227]
Le CXVIIIe chappitre parle des anciennes coustumes.[229]
Le CXIXe chappitre parle comment nostre Seigneur loue les bonnes femmes.[233]
Le VIXX chappitre parle de la fille d’un chevalier qui perdy à estre mariée par sa cointise.[236]
Le VIXXIe chappitre parle de messire Fouques de Laval qui alla veoir s’amie.[239]
Le VIXXIIe chappitre parle des Gallois et des Galloises.[241]
Le VIXXIIIe chappitre parle comment on ne doit pas croyre trop legierement.[244]
Le VIXXIIIIe chappitre parle du debat qui fut entre le chevalier de Latour et sa femme sur le fait de amer par amour.[246]
Le VIXXVe chappitre parle de la dame qui esprouva l’hermite.[266]
Le VIXXVIe chappitre parle d’une dame qui estoit riche avaricieuse.[271]
Le VIXXVIIe chappitre parle d’une dame honnourable.[274]
Le VIXXVIIIe chappitre parle des trois enseignements que Cathon dist à Cathonnet, son filz, et comment Cathon essaya sa femme.[277]

Cy fine la table du livre composé
par le chevalier
de la Tour.

LE LIVRE
DU
CHEVALIER DE LA TOUR

Cy commence le livre du chevalier de La Tour pour l’enseignement de ses filles.
Et premierement le Prologue.

L’an mil trois cens soixante et onze, en un jardin estoye sous l’ombre, comme à l’issue d’avril, tout morne et tout pensiz : mais un pou me resjouy du son et du chant que je ouy de ces oysillons sauvaiges qui chantoyent en leurz langaiges, le merle, la mauvis et la mesange, qui au printemps rendoient louanges, qui estoient gaiz et envoisiez. Ce doulz chant me fit envoisier et mon cuer sy esjoir que lors il me va souvenir du temps passé de ma jeunesce, comment amours en grant destresce m’avoient en ycellui temps tenu en son service, où je fu mainte heure liez et autre dolant, si comme elle fait à maint amant. Mès tous mes maulx me guerredonna pour ce que belle et bonne me donna, qui de honneur et de tout bien sçavoit et de bel maintien et de bonnes mœurs, et des bonnes estoit la meillour, se me sembloit, et la fleur. En elle tout me delitoye ; car en cellui temps je faisoye chançons, laiz et rondeaux, balades et virelayz, et chans nouveaux, le mieulx que je savoye. Mais la mort qui tous guerroye, la prist, dont mainte douleur en ay receu et mainte tristour. Si a plus de xx ans que j’en ay esté triste et doulent. Car le vray cuer de loyal amour, jamais à nul temps ne à nul jour, bonne amour ne oubliera et tous diz lui en souviendra.

Et ainsi, comme en cellui temps je pensoye, je regarday emmy la voye, et vy mes filles venir, desquelles je avoye grant desir que à bien et à honneur tournassent sur toutes riens ; car elles estoyent jeunes et petites et de sens desgarnies. Si les devoit l’en tout au commencement prendre à chastier courtoisement par bonnes exemples et par doctrines, si comme faisoit la Royne Prines, qui fu royne de Hongrie, qui bel et doulcement sçavoit chastier ses filles et les endoctriner, comme contenu est en son livre. Et pour ce, quant je les vy vers moy venir, il me va lors souvenir du temps que jeune estoye et que avecques les compaignons chevauchoie en Poitou et en autres lieux. Et il me souvenoit des faiz et des diz que ilz me recordoient que ilz trouvoient avecques les dames et damoyselles que ilz prioient d’amours ; car il n’estoit nulz jours que dame ou damoiselle peussent trouver que le plus ne voulsissent prier, et, sy l’une n’y voulsist entendre, l’autre priassent sans attendre. Et se ilz eussent ou bonne ou male responce, de tout ce ne faisoyent-ilz compte ; car paour ne honte n’en avoient, tant en estoient duiz et accoustumez, tant estoyent beaux langagiers et emparlez. Car maintes foiz vouloient partout desduit avoir, et ainsi ne faisoient que decevoir les bonnes dames et demoiselles, et compter partout les nouvelles, les unes vraies, les aultres mençonges, dont il en advint mainte honte et maint villain diffame sanz cause et sanz raison. Et il n’est ou monde plus grant trayson que de decevoir aucunes gentilz femmes, ne leur accroistre aucun villain blasme ; car maintes en sont deceues par les grans seremens dont ilz usent. Dont je me débaty maintes foys à eulx et leur disoie : « Comment estes-vous telz qui ainsi souvent vous parjurez ? car à nulle, forz à une, tendre ne devez. » Mais nulz n’y mettroit arroy, tant sont plains de desarroy. Et, pour ce que je vis celuy temps dont je doubte que encore soit courant, je me pensay que je feroye un livret, où je escrire feroye les bonnes meurs des bonnes dames et leurs biens faiz, à la fin de y prendre bon exemple et belle contenance et bonne manière, et comment pour leurs bontés furent honnourées et louées et seront aussi à tousjoursmaiz pour leurs bontés et leurs biens faiz, et aussi par celle manière feray-je escrire, poindre, et mettre en ce livre le mehaing des maulvaises deshonnestes femmes, qui de mal usèrent et eurent blasmes, à fin de s’en garder du mal où l’en pourroit errer comme celles qui encore en sont blasmées, et honteuses et diffamées. Et pour cestes causes que j’ay dessus dictes, je pensay que à mes filles, que je véoie petites, je leur feroye un livret pour aprendre à roumancer, affin que elles peussent aprendre et estudier, et veoir et le bien et le mal qui passé est, pour elles garder de cellui temps qui à venir est. Car le monde est moult dangereux et moult envyeulx et merveilleux ; car tel vous rit et vous fait bel devant qui par derrière s’en va bourdant. Pour ce forte chose est à congnoistre le monde qui à present est, et pour cestes raysons que dict vous ay, du vergier je m’en alay et trouvay enmy ma voye deux prestres et deux clers que je avoye, et leur diz que je vouloye faire un livre et un exemplaire pour mes filles aprandre à roumancier et entendre comment elles se doyvent gouverner et le bien du mal dessevrer. Si leur fiz mettre avant et traire des livres que je avoye, comme la Bible, Gestes des Roys et croniques de France, et de Grèce, et d’Angleterre, et de maintes autres estranges terres ; et chascun livre je fis lire, et là où je trouvay bon exemple pour extraire, je le fis prendre pour faire ce livre, que je ne veulx point mettre en rime, ainçoys le veulz mettre en prose, pour l’abrégier et mieulx entendre, et aussi pour la grant amour que je ay à mes enfans, lesquelz je ayme comme père les doit aimer, et dont mon cuer auroit si parfaite joye se ils tournoyent à bien et à honnour en Dieu servir et amer, et avoir l’amour et la grace de leurs voysins et du monde. Et pour ce que tout père et mère selon Dieu et nature doit enseignier ses enfans et les destourner de male voye et leur monstrer le vray et droit chemin, tant pour le sauvement de l’ame et l’onnour du corps terrien, ay-je fait deux livres, l’un pour mes filz et l’autre pour mes filles, pour aprendre à rommancier, et en aprenant ne sera pas que il ne retiengnent aucune bonne exemplaire, ou pour fouir au mal ou pour retenir le bien ; car il sera mie que aucunes foiz il ne leur en souviengne d’aucun bon exemple ou d’aucun bon enseignement, selonc ce qu’ilz cherront en taille d’aucuns parlans sur celles matières.

Le premier Chappitre.

Et c’est moult belle chose et moult noble que de soy mirer ou mirouoir des anciens et des anciennes histoires qui ont été escriptes de nos ancesseurs pour nous monstrer bons exemples et pour nous advertir comme nous véons le bien fait que ilz firent, ou de eschever le mal comme l’en puet veoir que ilz eschevèrent. Sy parlay ainsy et leur diz : Mes chières filles, pour ce que je suiz bien vieulx et que j’ay veu le monde plus longuement que vous, vous veuil-je monstrer une partie du siècle, selon ma science qui n’est pas grant ; mais la grant amour que j’ay à vous, et le grant desir que j’ay que vous tournez vos cuers et vos pensées à Dieu craindre et servir, pour avoir bien et honneur en ce monde et en l’autre, car pour certain tout le vray bien et honneur, garde et honesteté de homme et de femme vient de luy et de la grace de son saint esperit, et si donne longue vie et courte ès choses mondaines et terriennes, telles comme il luy plaist, car du tout chiet à son plaisir et à son ordonnance, et aussy guerredonne tout le bien et le service que on luy a fait à cent doubles, et pour ce, mes chières filles, fait-il bon servir tel seigneur, qui à cent doubles rent et guerredonne.

Cy parle de ce qu’on doit faire quand on est levé.