Je vous diray autre exemple du père et de la mère de Sampson fortin, qui estoient saintes gens en leur mariage, mais nuls enffans ne povoient avoir. Sy en furent-ils envers Dieu en mainte clameur et oroison. Un jour la bonne dame fut à l’esglise, qui pour lors estoit appellé le temple ; si comme elle prioit nostre seigneur en plorant, Dieux ot pitié d’elle et lui envoia un ange qui lui dist qu’elle auroit un filz qui seroit le plus fort homme qui onques fust, et lequel debastroit et essauceroit par sa force la loy de Dieu. La bonne dame vint à son seigneur et le li dist. Son seigneur se getta en oroison et pria Dieu qu’il lui pleust à lui demonstrer son ange, et lors Dieu leur envoia son ange qui leur dist celles paroles, et qu’ilz jeunassent et qu’ilz feissent abstinences, et aussi que ilz se gardassent de trop boire et de trop gourmander. « Car », dist l’ange, « le trop gourmander et le trop mengier, fors ès heures deues, et aussi le trop boire guerroye le corps et l’âme. » Et quant il leur eut ce dist si se party, et ilz firent le commandement de l’ange et jeunèrent et firent abstinences. Et puis eurent l’enffant, qui maintint moult bien la loy de Dieu encontre les paiens, et en fist moult de occisions et moult de grant merveilles, si comme Dieux le soustenoit ; car il desconfist par son corps iij. mille personnes. Et pour ce est bon de jeuner et faire abstinence, qui vieult riens requerre à Dieu ; car confession et jeunes empètrent vers Dieu sa requeste, comme l’ange leur dist, et après leur dist que ils le gardassent de trop mengier fors à ses heures, par espécial de trop boire, dont, quant le saint ange, qui tout scet, leur deffendit ces ij. vices, c’est bon exemple que tout homme et femme si s’en doit garder sur tous autres vices, car par cellui vice l’en entre en trestous les autres vij. vices mortelx, comme vous le trouverez plus à plain ou livre de voz frères, là où il parle comment un hermite qui eslut cellui pechié de gloutonie, et le fist et s’enyvra, et par cellui il cheist en touz les vij. pechez mortelx, et avoit cuidié eslire le plus petit des vij, dont je vous diray que Salemon en dist ou livre des enseignemens ; premierement il dist que vin trouble et rougist les yeulx et affaiblist la veue et fait le chief dodiner et croller, et empesche l’ouye et estouppe les narilles, et fait le visaige pruneller et rougir, et fait les mains trambler et corrompt le bon sanc, et affaiblit les ners et les vainnes, et mine le corps et lui haste la mort, et lui trouble le senz et la memoire. Dont Salemon dist que de xx. femmes une qui seroit yvrongne ne pourroit mie estre preude femme au long aler, ne amée de Dieu ne de ses amis, et qu’il li vauldroit mieulx estre larronnesse ou avoir d’autres mauvaises taiches que celle, car par celle elle entrera en toutes les autres mauvaises. Pourquoy, mes chières fillez, gardés-vous de cellui mauvais vice de trop boire, ne gourmender, ne mengier fors aux droites heures, comme à disner et à soupper. Car une foiz mengier est vie d’ange, et ij. foiz est droite vie d’omme et de feme, et plusieurs fois mengier est vie de beste, et tout chiet par coustume et par usaige, car de telle vie, soit de boire ou de mengier, comme vous vouldrés acoustumer en vostre jeunesse, vous le vouldrez maintenir en vostre viellesse, et pour ce ne chiet que en vostre voulenté à y mettre remède à heure. Sy devez cy prendre bonne exemple au saint ange qui en avisa le père et la mère de Sampson fortin ; l’ange ne dist pas comme il fist à Zacaries ; car il li dist que sa femme auroit un filz qui auroit nom Jehan, qui ne buvroit point de vin ne de cervoise ; car l’un enffant fust estably de Dieu pour garder la foy par espée contre les païens, ce fust Sampson, et S. Jehan fut estably pour prescher et estre mirouoir de chasteté, de jeunes et de abstinences, et de user la haire et estre mirouoir de toute sainte vie. Si vous laisse de ceste matière et vous diray d’un autre exemple.
De aprendre saigesce et clergie.
Chappitre IIIIXXXe.
Je vous diray une autre exemple d’une dame qui avoit une fille qui eust à nom Delbora, laquelle elle mist à l’escole de saigesse et du saint esprit et de sapience. Celle Delbora apprist si bien qu’elle sceust la sainte escripture, et usa de sy sainte vie qu’elle sceust des secrez de Dieu et parla moult des choses à venir, et par son grant senz touz lui venoient demander conseil des choses du royaume et de leurs affaires. Son seigneur estoit maulx homs et crueulx ; mais par son sens et par son bel acqueil elle le savoit bien avoir ; car elle l’ostoit de sa frenaisie et le faisoit paisible et juste à son pueple. Et pour ce a cy bon exemple que l’en doit mettre ses filles pour apprendre la clergie et la sainte escripture ; car pour en sçavoir elles en verront mieulx leur saulvement et recognoistront mieux le mal du bien, si comme fist la bonne dame Delbora et comme fist sainte Katherine, qui par son sens et par son clergie, avecques la grace du Saint-Esprit, elle seurmonta et vainqui les plus saiges hommes de toute Gresce, et par sa sainte clergie et ferme foy elle congnust Dieu, et Dieu lui donna victoire de martire et en fist porter le corps par ses anges xiiij. journées loing, c’est assavoir ou mont de Sinay, et son saint corps rendit huille. Et le commencement et fondement de Dieu congnoistre fust par sa clergie, où elle congnust la verité et le sauvement de la foy. Encore un autre exemple vous diray-je d’un enffant de l’aage de ix. ans qui avoit esté iiij. ans à l’escole, et, de la grace de Dieu, il desputoit de la foy contre les paiens si fort que il les vaincquit touz, et au fort ils l’espièrent tant qu’ilz le prisdrent, et quant ilz le tindrent en leur subjecion ilz le menacièrent à occire ou il renieroit Dieu. Mais, pour tourment que ilz luy peussent faire, il n’en voult riens faire. Sy lui demandèrent où estoit Dieu, et il leur dit : « Au ciel et adjoint en mon cuer. » Lors de depit ils le occirent et lui fendirent le cousté pour voir son cuer, se il disoit voir que Dieu y feust. Et, quant il fut fendu et ouvert, ilz virent de son cuer yssir un coulon blanc, dont il y eut aucuns d’eulx pour celui exemple se convertirent en Dieu. Et pour cest exemple et les autres est bonne chose de mettre ses enffans juennes à l’escolle et les faire apprendre ès livres de sapience, c’est-à-dire ès livres des saiges et des bons enseignemens, où l’on voit les biens et le sauvement du corps et de l’ame, et en la vie des pères et des sains, non pas les faire apprendre ès livres de lecheries et des fables du monde ; car meilleure chose est et plus noble à ouïr et parler du bien et des bons enseignemens, qui pueent valoir et prouffiter, que lire et estudier des fables et des mensonges dont nul bien ne prouffit ne puet estre ; et pour ce que aucuns gens dient que ilz ne vouldroient pas que leurs femmes ne leurs filles sceussent bien de clergie ne d’escripture, je dy ainsi que, quant d’escripre, n’y a force que femme en saiche riens ; mais, quant à lire, toute femme en vault mieulx de le sçavoir, et cognoist mieulx la foy et les perils de l’ame et son saulvement, et n’en est pas de cent une qui n’en vaille mieulz ; car c’est chose esprouvée.
De la dame nommée Ruth.
Chappitre IIIIXXXIe.
Un autre exemple vous diray d’une bonne dame appelée Ruth, dont descendi le roy David. Celle bonne dame est moult louée en la sainte escripture, car à merveilles ama Dieu et obey à son seigneur, et, pour l’amour de lui, elle honoroit et amoit ses amis et leur portoit plus de honneur et de priveté que ès siens devers elle ; dont il advint que, quant son seigneur fust mort, que le filz de son seigneur d’une autre femme ne li vouloit riens laissier, ne terre, ne meuble, pour ce qu’elle estoit de loingtain pays et loing de ses amis, pour ce la cuida esbahir ; mais les amis de son feu seigneur, qui l’amoient pour la grant doulceur et la priveté et le grant semblant d’amour et service qu’elle avoit toujours porté, les mist devers elle, et furent contre leur parent, tellement que ilz firent avoir à la dame son bon droit et toute sa partie selon la coustume. Et ainsi la bonne dame sauva le sien pour l’amistié et la bonne compaignie qu’elle avoit fait aux parens de son seigneur quand il vivoit. Et pour ce a cy bon exemple comment toute bonne femme doit servir et honnourer les parens de son seigneur ; car plus grant semblant d’amour ne li pourroit-elle faire, et en ce lui en puet tout bien et honneur venir, si comme il fist à la bonne dame Ruth, qui, pour amer et honnourer les parens de son seigneur, elle recouvra sa juste partie des heritaiges et des biens son seigneur, comme ouy avez.
Que toute femme doit soustenir son seigneur.
Chappitre IIIIXXXIIe.
Je vous diray un exemple d’une bonne dame qui bien doit estre louée. Celle bonne dame avoit nom Abigail ; elle avoit un seigneur qui estoit à merveille maulx homs et divers et rioteux à tous ses voisins, et mesdisans. Sy avoit trop forfait au roy David, dont le roy le fist desfier, et le vouloit destruire et mettre à mort. Mais la bonne dame, qui sage estoit, vint devers le roy et se humilia tant par ses doulces paroles qu’elle fist la paix de son seigneur. Sy le garda celle foiz et plusieurs autres de maints perilz où il se mettoit par sa mauvaise langue et par ses foles sotises. Mais tousjours la bonne dame amendoit ses sotties et ses folies, dont elle doit bien estre louée, et aussi de ce qu’elle souffroit moult humblement de lui la paine et la doulleur qu’il lui faisoit traire. Et pour ce a cy bon exemple comment toute bonne femme doit souffrir de son seigneur et le doit supporter, et par tout le sauver et garder comme son seigneur, combien qu’il soit fol ou divers, puisque Dieux le lui a donné. Car tant comme elle y aura plus à souffrir et elle le portera plus humblement et couverra la folie de lui, de tant aura-elle plus l’amour de Dieu et l’onneur du monde.