—Je ne crois pas. Je rêve aussi bien quand je suis éveillée que quand je dors; et, d'ailleurs, je ne distingue pas toujours bien ma veille de mon sommeil… Ah çà! ajouta-t-elle après une pause inquiète, est-ce que vous ne savez pas que je suis folle?

—Pourquoi me retirez-vous vos mains? dit d'Argères frappé de son mouvement.

—Parce que l'on ne s'intéresse pas aux fous, je le sais. Quelque doux et soumis qu'ils soient, on en a peur. Si donc vous ne connaissez pas ma situation, si Toinette ne vous a pas dit que j'étais une sorte d'idiote tranquille, privée de mémoire et incapable de suivre un raisonnement, il faut que vous le sachiez.

—Pourquoi?

—Parce que je vois bien que vous me portez un généreux intérêt, et que je ne veux pas en usurper plus que je n'en mérite.

—Vous méritez tout celui dont je suis capable, si votre mal moral est involontaire. Là est la question; confessez-vous.

—Me confesser? dit madame de Monteluz, dont la figure s'assombrit; et pourquoi donc?

—Pour que je sache si je dois vous aimer.

—M'aimer! moi? s'écria-t-elle en se levant avec effroi. Oh! non!… Jamais, personne, entendez-vous bien!

—Est-ce que vous croyez que je vous demande de l'amour? dit d'Argères. Pourquoi cette frayeur?