La discussion dura jusqu'au déjeuner et reprit au dessert. Pour en finir, Adriani promit d'essayer; mais la grande difficulté, c'est que le volume devait porter le titre de Lyre d'Adriani, et que le baron eût voulu un engagement sérieux de la part de son hôte.
—Vous avez de la gloire, lui disait-il, et je suis votre ancien et fidèle ami. J'ai travaillé longtemps pour obtenir le succès que vous avez conquis en deux matins. Vous reconnaissez que je possède le vocabulaire limpide et harmonieux qui ne s'attache pas au gosier du chanteur comme des arêtes de poisson. Vous m'avez dit cent fois que, sous ce rapport-là, j'étais le plus musical des poëtes. Aidez-moi donc à enfourcher mon Pégase et soyez le soleil qui dégourdira ses ailes.
—Oui, pensait Adriani, c'est-à-dire que tu voudrais que nous fussions, moi le cheval, et toi le cavalier.
Le baron avait oublié le rendez-vous que son hôte attendait avec une si vive impatience. Adriani fut forcé de le lui rappeler.
—Ah! folle jeunesse! dit le baron. Allez donc, courez à votre perte, et oubliez la Muse pour la femme; c'est dans l'ordre!
Adriani arriva au Temple deux minutes après midi. Il était tourmenté par le billet de Toinette. Il fallait que madame de Monteluz fût bien souffrante pour garder la chambre, elle si matinale et si active dans sa lenteur inquiète. Peut-être aussi était-ce un symptôme rassurant pour sa guérison morale. Le calme n'est-il pas la santé de l'âme?
Toinette, contre sa coutume, ne vint pas à la rencontre d'Adriani. Le jardin était désert, la maison fermée. Il se hasarda à frapper doucement: rien ne bougea. Il fit le tour et trouva toutes les portes, toutes les fenêtres closes. Il chercha Mariotte, l'unique habitante des bâtiments extérieurs. Elle battait son beurre avec autant de tranquillité que le premier jour où il lui avait parlé.
—Madame n'est pas levée? lui dit-il.
—Pas que je sache, répondit-elle.
—Et Toinette?