—N'importe. Comment vous a-t-on remis cela? à quelle heure?
—Quand je vous dis que je n'en sais rien. Il faisait nuit noire. Mademoiselle Muiron m'a remis sa lettre pour vous, et puis elle a mis cet or-là, qui était dans du papier, sur la chaise à côté de mon lit, en me disant: «Mariotte, je viens de faire mes comptes. Je vous apporte votre dû et un petit cadeau de madame, parce qu'elle a été contente de vous.» Là-dessus, j'ai dit: «C'est bien,» et je me suis rendormie sur l'autre oreille sans ouvrir le papier.
—Mais c'est un départ ou un testament! s'écria Adriani, à qui une sueur froide monta au front.
Et il s'élança dans la maison.
—Ah! mon Dieu, monsieur, vous me faites peur! dit Mariotte en le suivant. Est-ce que madame se serait fait mourir?
Adriani parcourut le rez-de-chaussée. Il trouva le salon comme il l'avait laissé la veille. On ne l'avait pas rangé. Le coussin qu'il avait placé lui-même sous les pieds de Laure était toujours près du fauteuil, et le fauteuil près de la cheminée, où il avait fait brûler les pommes de pin pour réchauffer l'atmosphère salpêtrée de l'appartement. Le piano était ouvert. Les bougies avaient brûlé jusqu'à la bobèche.
Mariotte avait été frapper à la chambre de Toinette. Personne n'avait répondu. Elle y était entrée. Le lit était défait, les armoires ouvertes et vides. Adriani, à cette nouvelle, envoya Mariotte frapper chez madame de Monteluz. Même silence; mais Mariotte ne put entrer: on avait emporté la clef de la chambre. Adriani, terrifié, enfonça la porte: même vide, même désertion que chez Toinette.
—Où mettait-on les malles, les cartons de voyage? dit-il à la servante.
—Là, répondit-elle en entrant dans le cabinet. Ils n'y sont plus; madame est partie!
Ce mot tomba sur le cœur de l'artiste comme une montagne. Il entendit bourdonner dans ses oreilles comme un beffroi sonnant les funérailles d'un monde écroulé. Il s'assit sur la dernière marche de l'escalier, la tête dans ses mains, tandis que la paysanne insouciante se mettait à balayer philosophiquement les corridors.