X
Adriani fut dérangé dans de douces méditations par le vieux paysan qui venait emballer le piano.
—Où vous a-t-on dit de l'envoyer? lui demanda-t-il.
—Nulle part, monsieur. On m'a commandé de ne pas le laisser à l'humidité, de le mettre tout de suite dans sa caisse et de le tenir tout prêt, parce qu'on le ferait réclamer bientôt. Il paraît que madame y tient beaucoup, car elle m'a recommandé cela elle-même.
Adriani prit une prompte résolution.
—Où elle va, je le saurai, se dit-il; où elle sera, je la rejoindrai.
Il savait l'heure et le lieu du premier départ en poste. C'en était assez. Il retourna à Mauzères, embrassa le baron, lui emprunta un cabriolet et partit avec Comtois.
Au relais, il apprit que les deux voyageuses avaient pris, en effet, la route de Tournon. Il commanda des chevaux de poste et arriva au bord du Rhône avant la nuit. Là, il eut une inspiration. Toinette devait lui avoir écrit; elle devait avoir prévu son anxiété et ses poursuites. Ou elle les seconderait, ou elle s'efforcerait de l'en décourager; mais elle n'était pas femme à rester oisive au milieu d'une telle aventure.
Il courut au bureau de la poste, exhiba son passe-port, et retira une lettre à son adresse:
«Monsieur, disait Toinette, madame l'a voulu. C'est bien malgré moi! Mais aussi pourquoi n'avez-vous pas daigné me dire si votre fortune répond à vos manières et si le nom que vous portez est le votre? J'ai eu peur d'avoir été trop loin, et je me suis trouvée sans défense, quand madame m'a dit: