—Eh bien! dit Théodore, qu'ont-ils de mieux à faire, ces pauvres
Italiens qu'on a coutume d'assister en paroles?

JULIE.—Je ne sais pas, et je ne ris plus.

—Pourquoi avez-vous ri?

JULIE.—Que sais-je? Jésus, cet éternel martyr, ouvrant ses bras à celui dont le métier est de susciter les puissances temporelles et d'enivrer souvent ceux qu'il place sur les trônes…. J'ai fait un rapprochement, et j'ai ri de chagrin… ou de crainte! Mais ne parlons pas politique…. Donc, dans le poëme, Satan se convertit?

THÉODORE.—N'est-ce pas votre rêve? La fin du règne de Satan, c'est-à-dire la vraie lumière du progrès chassant les ténèbres de la fausse science?

JULIE.—Oui; le mal considéré comme un accident passager dans l'histoire des hommes, et prenant fin par la diffusion de la lumière, qui, seule, est une chose absolue et impérissable; c'est là l'avenir, ou bien la race humaine disparaîtra de la terre sans mériter un regret. Racontez-nous le dernier chant de Montanelli.

THÉODORE.—Satan est seul sur la montagne où, jadis, il essaya de tenter le Christ. Il est seul à jamais, car les autres esprits de ténèbres ont cessé de lui obéir. Les vices grossiers ont disparu devant la vraie civilisation. Satan, type de l'orgueil et de l'ambition, résiste encore; mais l'effroi de la solitude et l'horrible ennui de l'égoïsme l'ont saisi. Pour la première fois il se rend compte de son épouvantable souffrance. Jésus a pitié et vient à lui. «J'ai vaincu tes sujets, lui dit-il; j'ai fait la lumière dans les âmes; j'ai plié les puissants de la terre au droit, et le droit à la charité. Souviens-toi que tu es né de la lumière, et reviens à la lumière.» Satan, ébranlé, s'écrie: «O Nazaréen! à ton tour, voudrais-tu tenter Satan?» Mais il se débat dans sa douleur jusqu'à ce qu'une larme tombe des yeux de Jésus. Cette larme divine transforme le diable en chérubin. Esprit d'amour, tu as vaincu: j'aime! s'écrie Satan en prenant son vol vers les cieux. Tout cela est dit en vers nerveux, pleins de pensées, c'est-à-dire gros de vérités. Mettez donc Giuseppe Montanelli parmi vos poëtes.

—Accordé, dit Julie. Mais vous avez dit qu'il n'était pas le seul: où prenez-vous les autres?

THÉODORE.—Pour aujourd'hui, je vais vous lire, si vous voulez, la Mort du Diable, de Maxime du Camp[2].

[Note 2: Revue de Paris, 15 juillet 1858.]