Et moi, quand s'apaisait cette fièvre brûlante,
Qui sur ta couche, hélas! souvent te retenait,
Que j'aimais à guider ta marche faible et lente,
A sentir à mon bras ton bras qui s'enchaînait!
Quoi! pour jamais absent, tendre ami que je pleure,
En vain je crois te voir aux lieux où tu n'es pas,
Et, pour te retrouver, c'est loin de ta demeure,
C'est dans l'enclos des morts qu'il faut porter ses pas!
Et le printemps revient avec son gai cortège,
On voit les fruits germer, le feuillage frémir,
La vigne couronner le pin qui la protège:
Dans cet ingrat séjour, je suis seule à gémir!
Tout chante, aime, fleurit, incessante ironie!
Pour mes yeux qu'ont brûlés tant de veille et de pleurs.
Pour ce coeur dévasté, plein de ton agonie,
Que font saigner encor tes dernières douleurs!
Oh! viennent les frimas, l'inclémente froidure,
Et, dans les bois flétris, les longs soupirs du nord!
Et la neige étendant sur la molle verdure
Son suaire glacé, d'une pâleur de mort!
L'âme stérilisée où toute joie expire
Du retour des saisons ne comprend plus la loi.
Mes pleurs sont plus amers à voir le ciel sourire,
Et la vallée en fleurs s'épanouir sans toi!
PAULINE.
M. de Latouche me disait souvent que je ne me connaissais pas en vers. C'est possible; mais je crois que, pour ceux-ci, nous n'eussions pas été en désaccord. Il me semble que la manière de mademoiselle Flaugergues, comme celle de notre ami, appartient à l'école d'André Chénier; qu'il y a plus de clarté et de correction chez elle que chez M. de Latouche, et qu'il y a toute la grâce, toute la richesse descriptive de Chénier, avec ce précieux don de la tendresse d'une femme, de la douleur bien réelle d'une fille pieuse. Voyez comme elle pleure, comme elle regrette celui auprès duquel tant de coeurs blessés disaient qu'on ne pouvait plus vivre; et voyez comme il y a encore de belles et bonnes âmes qu'on ne connaît pas, et dont on ne s'occupe pas!
Nohant, 15 juin 1831.