Sont-ce les doctrines du National? Il n'en a pas, il n'en a jamais eu, même du temps de Carrel, qui était leur maître à tous. Il ne laisse aller sa pensée de temps en temps que pour dire que l'égalité, comme toi et moi l'entendons, est impossible, sinon abominable. Dupoty, cette malheureuse victime d'un odieux coup d'État de la patrie, était aristocrate et rougissait des partisans qu'on lui a supposés. Il n'avait même pas le mérite d'être coupable de sympathie pour ces pauvres fous du communisme que l'on peut blâmer tout bas, et que le National a insultés et flétris jusque sous le couteau de la patrie! lâche en ceci! car, si le communisme avait fait une révolution, c'est-à-dire lorsqu'il en fera une, et ce sera malheureusement trop vite, le National sera à ses pieds: comme Carrel lui-même, qui, le 26 juillet, traitait la révolution de «sale émeute», et qui en parlait très différemment le 1er août. Doutez-vous de cela? vous le verrez! souvenez-vous de ceci seulement: que nous marchons vite, bien vite, et qu'il n'y a pas de temps à perdre, pas un jour, pas une heure, pour dire au peuple ce qu'il faut lui dire.

Là gît le lièvre. Michel, qui est l'homme certainement le plus intelligent de ce parti du National, le Malgache et toi (qui, Dieu merci! n'es du parti que faute d'en avoir trouvé un qui soit l'expression de ton coeur), vous voilà disant: «Faisons une révolution, nous verrons après.»

Nous, nous disons: «Faisons une révolution; mais voyons tout de suite ce que nous aurons à voir après.»

Le National dit: «Ces gens sont fous, ils veulent des institutions. Eux! des sectaires, des philosophes, des rêveurs! leurs institutions n'auront pas le sens commun.»

Nous disons: «Ces gens sont aveugles, ils veulent agiter le peuple, avec des institutions déjà vieillies, à peine modifiées, et nullement appropriées aux besoins et aux idées de ce peuple, qu'ils ne connaissent pas et qui les connaît aussi peu.»

Le National dit: «Voyons-les donc, leurs belles institutions! Ah! ils nous parlent philosophie? que veulent-ils faire avec leur philosophie? Jean-Jacques a tout dit; Robespierre, tout essayé. Nous continuerons l'oeuvre de Rousseau et de Robespierre.»

Nous disons: «Vous n'avez ni lu Rousseau, ni compris Robespierre, et cela parce que vous n'êtes pas philosophes, et que Robespierre et Rousseau étaient deux philosophes. Vous ne pourrez pas appliquer leur doctrine parce que vous ne savez ni ce que l'un a voulu dire, ni ce que l'autre a voulu faire. Vous croyez, par la guerre au dehors et la force au dedans, donner de la gloire à la France et à votre parti? Le peuple n'a pas besoin de gloire, il a besoin de bonheur et de vertu. Si cela ne peut s'acheter que par la guerre, il fera la guerre et vous prendra peut-être pour généraux, si vous faites vos preuves d'autre chose que de combattre le très petit combat à la plume; mais, tout en faisant la guerre, la France voudra des institutions, et ce n'est pas vous qui le ferez, vous en êtes incapables. Votre ignorance, votre inconséquence, votre violence et votre vanité, nous sont hautement manifestées par chaque ligne que vous écrivez, même sur les moindres matières. Qui donc fera ces lois? un Messie? nous n'y croyons pas. Des révélateurs? nous ne les avons pas vus apparaître. Nous? nous ne lisons pas dans l'avenir et ne savons pas quelle forme matérielle devra prendre la pensée humaine à un moment donné. Qui donc fera ces lois? Nous tous, le peuple d'abord, vous et nous, par-dessus le marché. Le moment inspirera les masses.

Oui, disons-nous encore, les masses seront inspirées! Mais à quelle condition? à la condition d'être éclairées. Éclairées sur quoi? sur tout, sur la vérité, sur la justice, sur l'idée religieuse, sur l'égalité, la liberté et la fraternité, sur les droits et sur les devoirs, en un mot.

Ici, entamez la discussion, si vous voulez; nous vous écouterons. Dites-nous où le droit finit, où le devoir commence, dites-nous quelle liberté aura l'individu et quelle autorité la société? quelle sera la politique, quelle sera la famille, quelles seront les répartitions du travail et du salaire, quelle sera la forme de la propriété? Discutez, examinez, posez, éclaircissez, émettez tous les principes, proclamez votre doctrine et votre foi sur tous ces points. Si vous possédez la vérité, nous serons à genoux devant vous. Si vous ne l'avez pas, mais que vous la cherchiez de bonne foi, nous vous estimerons et ne vous contredirons qu'avec le respect qu'on doit à ses frères.

Mais, quoi! au lieu de chercher ces discussions dont les masses tiennent peut-être quelques solutions vagues (qui n'attendent pour s'éclaircir qu'un problème bien posé), au lieu de dire chaque jour au peuple les choses profondes qui doivent le faire méditer sur lui-même et de lui indiquer les principes d'où il tirera ses institutions, vous vous bornez à de vagues formules qui se contredisent les unes les autres et sur lesquelles vous ne voulez pas plus vous expliquer que des mages ou des oracles antiques? vous vous bornez à une guerre âcre et sans goût, sans esprit, sans discussion approfondie avec certains hommes et certaines choses? Il est possible qu'un journal de votre espèce soit nécessaire pour réveiller un peu la colère chez les mécontents et pour jeter quelque terreur dans l'âme des gouvernants; mais ce n'est qu'un instrument grossier. Qu'il fonctionne donc! Nous l'apprécions à sa juste valeur et nous tenons sur la réserve pour ne pas ébranler une des forces de l'opposition, qui n'en a pas de reste; mais ce n'est, à nos yeux comme aux yeux du peuple, qu'une force aveugle; et, quand ceux qui font jouer cette machine, cette catapulte informe, s'imaginent être à la fois et le peuple et l'armée, nous les renvoyons à leurs éléphants et à leurs pièces de bois, comme de vrais machinistes qu'ils sont. Vous dites à cela: «Un journal qui paraît tous les jours, et qui est exposé à toute la rigueur des lois de septembre, ne peut pas, comme un ouvrage philosophique de longue haleine, soulever des discussions sur le fond des choses; l'opposition de tous les instants, ne peut être qu'une guerre de fait à fait