Les partisans du roi se mirent à rire en disant:—Ce Gribouille-là est aussi fin que l'ancien, qui se jeta dans l'eau par crainte de la pluie, puisqu'il se jette dans le feu par crainte d'être brûlé. Vous voyez bien que cet enseigneur de félicités suprêmes est un imbécile et un maniaque.
Mais ces gens-là ne purent pas rire bien longtemps, car la mort de Gribouille fut le signal du combat général. Les deux partis se ruèrent l'un sur l'autre; mais quand les partisans du roi virent que les troupes royales ne venaient pas les appuyer, ils se débandèrent et perdirent la bataille.
Pendant ce temps-là, l'armée des bourdons et celle des abeilles combattaient l'armée des oiseaux. Tous avaient repris leurs formes magiques, et les hommes virent avec horreur une bataille dont ils n'avaient jamais eu l'idée. Des insectes aussi grands que des hommes luttaient avec rage contre des oiseaux dont le moindre était aussi gros qu'un éléphant. Les terribles dards des bêtes piquantes atteignaient parfois les flancs sensibles des alouettes, des fauvettes et des colombes; mais les mésanges adroites dévoraient les abeilles par milliers, les aigles en abattaient cent d'un coup d'aile, les casoars présentaient leurs casques impénétrables à leurs traits empoisonnés, et l'oiseau armé, qui a un grand éperon acéré à chaque épaule, embrochait vingt ennemis à la minute.
Enfin, après une heure de mêlée confuse et d'effroyables clameurs, on vit l'armée des bourdons et de leurs alliés joncher la terre. Les oiseaux blessés se perchèrent sur les arbres, où, grâce au sourire de la reine des prés, ils furent d'abord guéris. Cette reine victorieuse, qui avait repris la figure d'une femme de la plus merveilleuse beauté, avec quatre grandes ailes de gaze bleue, vint s'abattre avec sa cour sur le bûcher de Gribouille.
—Mortels, dit-elle aux habitants du royaume, déposez vos armes et dépouillez vos haines. Embrassez-vous, aimez-vous, pardonnez-vous, et soyez heureux. C'est la reine des fées qui, par ma bouche, vous le commande.
En parlant ainsi, la reine des prés sourit, et, à l'instant même, la paix fut faite de meilleur cœur et de meilleure foi que si un congrès de souverains l'eût jurée et signée.
—Ne craignez plus ces frelons et ces abeilles qui vous ont gouvernés, dit alors la reine. Leurs méchants esprits vont comparaître devant le conseil souverain des fées, qui ordonnera de leur sort. Quant à leur dépouille, voyez ce qu'elle va devenir.