—Tenez vous à le savoir?
—Un peu.
—Eh bien! elle prétend que vous êtes pauvre, et que vous vous faites passer pour riche; que vous êtes un enfant, et que vous faites semblant d'être un homme; que vous êtes éconduit par toutes les femmes, et que vous jouez le rôle de vainqueur.»
Nous y voilà, pensa Horace; le moment est venu de braver l'orage.
«Si la vicomtesse se plaît à débiter de pareilles impertinences, répondit-il avec fermeté, comme je ne sais pas le moyen de me venger d'une femme, je me bornerai à dire qu'elle se trompe; mais si un homme me le répétait avec le moindre doute sur ma loyauté, je lui répondrais qu'il en a menti.»
L'interlocuteur à qui s'adressait cette réponse fit un mouvement de colère. Son voisin le retint, et se hâta de dire d'un ton assez équivoque:
«Personne ne doute ici de votre loyauté. Si vous avez trahi le secret de vos amours avec une femme, dans un de ces après-boire où vraiment la vérité nous échappe sans que nous en ayons conscience, la vicomtesse pousse trop loin sa vengeance en vous calomniant. Mais si vous l'aviez calomniée, vous? si, par dépit de ses refus, vous aviez menti, il faudrait l'excuser d'user de représailles.
—Mais vous-même, Monsieur, dit Horace, vous paraissez incertain? Je désirerais savoir votre opinion sur mon compte.
—Mon opinion, c'est que vous avez été son amant, que vous l'avez conté à quelqu'un dans les fumées du champagne, et que vous avez fait là une grave imprudence.
—Que vous en semble? dit Proserpine en remplissant le verre d'Horace; prononcez, messieurs du tribunal.