—Le trésor est adorable, lui dis-je; mais songez-vous à l'entrevue qui est inévitable tout à l'heure?...
—Arsène, dit Eugénie, prends ton courage et ton sang-froid à deux mains: Horace est ici.»
Arsène pâlit, «N'importe, dit-il; d'après ce que vous m'aviez confié, je devais bien m'attendre à l'y rencontrer un de ces jours. Le nom de l'enfant n'est point écrit sur son front, et d'ailleurs, grâce à lui, le trésor est anonyme. Pauvre ange! ajouta-t-il en embrassant le fils d'Horace; je vous le confie, Eugénie; ne le rendez pas à son possesseur légitime.
—Il ne vous le disputera pas, soyez tranquille! répondit-elle avec un soupir. Vous avertissez votre femme, afin qu'elle ne vienne pas ici durant quelques jours. Horace ne peut pas rester à Paris, et il est facile d'éviter cette rencontre.
—Je le désire beaucoup, dit Arsène; il me semble que cet homme ne peut seulement pas la regarder sans lui faire du mal. Cependant, si elle désire le voir, que sa volonté soit faite! Jusqu'ici elle dit qu'elle ne le veut pas. Adieu. Je reviendrai chercher mon enfant ce soir.»
«Ah! vous avez un enfant? dit Horace avec indifférence, lorsqu'il entra chez nous vers dix heures pour déjeuner.
—Oui, nous avons un enfant, répondit Eugénie avec un sentiment secret de malice austère. Comment le trouvez-vous?»
Horace le regarda. «Il ne vous ressemble pas, dit-il avec la même indifférence. Il est vrai que ces poupons-là ne ressemblent à rien, ou plutôt ils se ressemblent tous: je n'ai jamais compris qu'on pût distinguer un petit enfant d'un autre enfant du même âge. Combien a celui-là? un mois? deux mois?
—On voit bien que vous n'en avez jamais regardé un seul! dit Eugénie. Celui-ci a huit mois, et il est superbe pour son âge. Vous ne trouvez pas que ce soit un bel enfant?
—Je ne m'y connais pas du tout. Je le trouverai délirant si cela vous fait plaisir... Mais j'y songe! il est impossible que vous soyez sa mère. Je vous ai vue il y a huit mois... Allons donc! cet enfant n'est pas à vous.