En avant, mon noir cimier, victoire à mon panache brisé par les balles!
LE CHATELAIN (Récitatif).
Il a bien chanté, ses yeux étincellent, sa main brûlante fait bouillonner son vin dans sa coupe. Vide-la donc, mon brave chanteur, tu l'as gagnée, mais si tu veux t'asseoir parmi nous et boire jusqu'à la nuit et de la nuit jusqu'au matin, il faut dire la chanson du pays.
LE CHŒUR.
Il faut dire la chanson du pays, si tu veux vider jusqu'à l'aube nouvelle les coupes de la joie.
LE VOYAGEUR.
Soit, je la dirai quand il me plaira et comme il me plaira. Écoutez ce couplet.
(Il chante.) Moi qui suis un aventurier, je mène une vie périlleuse, j'erre de la ville à la montagne et j'enlève les jolies filles pour les emmener dans mon beau palais, dans mes bois de myrtes et de grenadiers; et quand l'ennui, sous la forme d'un hibou noir, vient à passer sur ma tête..., je remplis ma coupe jusqu'au bord et j'y noie l'oiseau de malheur... Bois, bois, vilain oiseau noir; meurs, meurs, oiseau des funérailles...; retourne à ton nid sur l'if du cimetière, sur la tombe de la victime, sur l'épaule du spectre...
(Récitatif.) Eh bien! vous n'aimez pas celui-ci? Je me suis encore trompé peut-être: en voulez-vous un autre?
(Il chante.) Moi qui suis un pauvre ermite, je veille et je prie nuit et jour sur la montagne; je donne l'hospitalité aux pèlerins, je les console, et j'expie leurs péchés et les miens par la pénitence... Et quand la lune se lève, quand le chamois brame, quand les astres pâlissent, je tombe à genoux sur la bruyère déserte et j'élève ma voix suppliante...