(Prière.) Je crie vers toi dans la solitude, je pleure prosterné dans le silence du désert. Splendeurs de la nuit étoilée, soyez témoins de ma douleur et de mon amour. Anges gardiens, messagers de prière et de pardon, vous qui nagez dans l'or des sphères célestes, vous qui passez sur nous avec le rideau bleu de la nuit, avec les cercles étincelants des constellations, pleurez, pleurez sur moi; répétez mes prières; recueillez mes larmes dans les vases sacrés de la miséricorde; portez aux cieux mon calice, et fléchissez le Dieu puissant, le Dieu fort, le Dieu Bon!...
Eh bien, eh bien! j'ai changé; le mode vous plaît-il ainsi? Allons, le refrain et ensemble! A moi qui suis un pénitent noir, merci, merci, voici l'ange du pardon, merci dans le ciel et paix sur la terre.
LE CHŒUR.
A toi, à toi, pénitent noir, merci dans le ciel et paix sur la terre.
LE CHATELAIN (Récitatif).
Si Dieu t'absout, pèlerin, la justice des hommes ne doit pas être plus sévère que celle du Ciel; assieds-toi, et sois lavé de tes crimes par les larmes du repentir, sois consolé de tes maux par la libation de la joie.
LE VOYAGEUR.
Mes crimes! mon repentir! votre pitié! Non pas, non pas, mes bons amis; la chanson ne finit pas ainsi: écoutez encore ce couplet.
(Il chante.) Moi qui suis un poëte couronné, je me raille de Dieu et des hommes; j'ai des chants pour la douleur et des chants pour la folie, j'ai des strophes pour le ciel et des strophes pour l'enfer, un rhythme pour le meurtre, un autre pour le combat, et puis un pour l'amour, et puis un autre pour la pénitence. Et que m'importe l'univers, pourvu que je tienne la rime? Et quand l'idée vient à manquer, je fais vibrer les grosses cordes de la lyre, les cordes noires qui font de l'effet sur les sots. Résonne, résonne, bonne corde noire, voici le sens qui manque aux paroles; résonne, résonne: au diable la raison! vive la rime!
LE CHATELAIN (Récitatif).