Ni les larmes ni les caresses de la mère n'avaient troublé le sommeil profond et confiant de la petite fille; mais quand elle se sentit sur le cœur étrange et mystérieux de la fée, elle commença à rêver, à s'agiter, à se plaindre, et quand la fée fut loin dans la forêt, l'enfant s'éveilla glacée d'épouvante, et jeta des cris perçants que Zilla dut étouffer par ses caresses pour les empêcher de parvenir jusqu'aux oreilles d'Hermann et de Bertha.

LVI

Mais plus elle embrassait l'enfant, plus l'enfant éperdue se tordait avec désespoir et criait le seul mot qu'elle sût dire pour appeler sa mère. Zilla gravit la montagne en courant, espérant en vain que la rapidité de sa marche étourdirait et endormirait la petite créature. Quand elle arriva auprès de la cascade, l'enfant, fatiguée de cris et de pleurs, semblait morte. Zilla sut la ranimer par une chanson qui réveilla les rossignols et les rendit jaloux; mais elle ne put arrêter les soupirs douloureux qui semblaient briser la poitrine de l'enfant.

LVII

Et, tout en continuant de chanter, Zilla rêvait au mystère d'amour caché dans le sein de ce petit être qui ne savait ni raisonner, ni marcher, ni parler, et qui déjà savait aimer, regretter, vouloir et souffrir. «Eh quoi! se disait la fée, je n'aurai pas raison de cette résistance morale qui n'a pas conscience d'elle-même!» Elle changea de mélodie; et, dans cette langue sans paroles qu'Orphée chanta jadis sur la lyre aux tigres et aux rochers, elle crut soumettre l'âme de l'enfant à l'ivresse des rêves divins.

LVIII

Ce chant fut si beau que les pins de la montagne en frémirent de la racine au faîte, et que les rochers en eurent de sourdes palpitations; mais l'enfant ne se consola point et continua de gémir. Zilla invoqua l'influence magique de la lune; mais le pâle visage de l'astre effraya l'enfant, et la fée dut prier la lune de ne plus la regarder. La cascade, ennuyée des pleurs qu'elle prenait pour un défi, se mit à rugir stupidement; mais les cris de l'enfant luttèrent contre le tonnerre de la cascade.

LIX

Ce désespoir obstiné vainquit peu à peu la patience et la volonté de Zilla. Il semblait qu'il y eût dans ces larmes d'enfant quelque chose de plus fort que tous les charmes de la magie et de plus retentissant que toutes les voix de la nature. Zilla s'imagina qu'au fond de la vallée, à travers les épaisses forêts et les profondes ravines, Bertha entendait les pleurs de sa fille et accusait la fée de ne pas l'aimer. Une colère monta dans l'esprit de Zilla, un tremblement convulsif agita ses membres. Elle se leva au bord de l'abîme.

LX