Vous ne la connaissez donc pas du tout cette femme?
—Pas plus que toi, et je crains de ne pas la mieux connaître, après que je l’aurai vue. Je ne suis pas méfiant, moi. Quand on me dit de bonnes paroles, j’y crois: mais j’ai été plus d’une fois à même de m’en repentir, car les paroles ne sont pas des actions.
—On dit que c’est une fort brave femme.
—Qui dit cela? le père Maurice!
—Oui, votre beau-père.
—C’est fort bien; mais il ne la connaît pas non plus.
—Eh bien, vous la verrez tantôt, vous ferez grande attention, et il faut espérer que vous ne vous tromperez pas, Germain.
—Tiens, petite Marie, je serais bien aise que tu entres un peu dans la maison, avant de t’en aller tout droit aux Ormeaux: tu es fine, toi, tu as toujours montré de l’esprit, et tu fais attention à tout. Si tu vois quelque chose qui te donne à penser, tu m’en avertiras tout doucement.
—Oh! non, Germain, je ne ferai pas cela! je craindrais trop de me tromper; et, d’ailleurs, si une parole dite à la légère venait à vous dégoûter de ce mariage, vos parents m’en voudraient, et j’ai bien assez de chagrins comme ça, sans en attirer d’autres sur ma pauvre chère femme de mère.
Comme ils devisaient ainsi, la Grise fit un écart en dressant les oreilles, puis revint sur ses pas, et se rapprocha du buisson, où quelque chose qu’elle commençait à reconnaître l’avait d’abord effrayée. Germain jeta un regard sur le buisson, et vit dans le fossé, sous les branches épaisses et encore fraîches d’un têteau de chêne, quelque chose qu’il prit pour un agneau.