—Oh! à présent, mon bon fils, que veux-tu que craigne un pauvre homme comme moi qui ne possède que les trois guenilles qui le couvrent? Mais dans ce temps-là j'avais un peu de bien, et les brigands me l'ont fait perdre.

—Comment! est-ce que les chauffeurs ont été chez vous aussi?

—Oh! nenni! je n'avais pas assez pour les tenter; mais j'avais une petite maison que je louais à des journaliers. Quand la peur des brigands s'est répandue dans le pays, personne n'a plus voulu l'habiter. Je n'ai pas pu la vendre; je n'avais plus de quoi la faire réparer. Elle me tombait en ruines sur le corps. Il a fallu faire des dettes que je n'ai pu payer. Alors, mon champ, la maison, et une jolie chenevière que j'avais, ont été vendus par expropriation forcée. J'ai donc été forcé de prendre la besace; j'ai quitté le pays, et depuis ce temps-là je voyage toujours comme les enfants du bon Dieu.

—Mais vous ne quittez guère le département?

—Sans doute, j'y suis connu; j'y ai ma clientèle et toute ma famille.

—Je vous croyais tout seul?

—Et tous mes neveux, donc!

—C'est vrai, j'oubliais; moi, par exemple, mon camarade que voilà, et tous ceux qui ne vous refusent jamais votre sou pour acheter du tabac. Mais, dites donc, mon oncle, ces chauffeurs dont nous parlions, quels gens étaient-ils?

—Demande-le au bon Dieu, mon pauvre enfant, lui seul peut le savoir.

—On dit qu'il y avait là dedans des gens riches et qui passaient pour huppés?