«Et où sont-elles?
—Elles ont été changer de toilette, afin de nous paraître au matin belles et rajeunies, répondit Antonio. Veux-tu que je te cède ma place tout à l’heure auprès de la Torquata? Elle était venue ici sur ta demande; mais comme au lieu de lui parler, tu as dormi toute la nuit...
—Peu m’importe, tu as bien fait, répondit Sténio, insensible en apparence à tous ces sarcasmes. D’ailleurs je ne me soucie plus que de la maîtresse de Marino. Zinzolina, faites-la venir ici.
—Si tu avais fait une pareille demande avant minuit, dit Marino, j’aurais pu te faire avaler les morceaux de ton verre; mais il est six heures, et ma maîtresse a passé tout ce temps ici. Prends-la donc maintenant si elle veut.»
Zinzolina se pencha à l’oreille de Sténio.
«—La princesse Claudia, qui est malade d’amour pour toi, Sténio, sera ici dans une demi-heure. Elle entrera sans être vue dans le pavillon du jardin. Je t’ai entendu hier louer sa pudeur et sa beauté. Je savais son secret, j’ai voulu qu’elle fût heureuse et que Sténio fût le rival des rois.
—Bonne Zinzolina! dit Sténio avec affection.» Puis reprenant son indolence: «Il est vrai que je l’ai trouvée belle; mais c’était hier.... Et puis il ne faut pas posséder ce qu’on admire, parce qu’on le souillerait et qu’on n’aurait plus rien à désirer.
—Vous pouvez aimer Claudia comme vous l’entendrez, reprit Zinzolina, vous mettre à genoux, baiser sa main, la comparer aux anges, et vous retirer l’âme remplie de cet amour idéal qui convenait jadis à la mélancolie de vos pensées.
—Non, ne me parlez plus d’elle, répondit Sténio avec impatience; faites-lui dire que je suis mort. Je sens que, dans la disposition où je suis, elle me déplairait, et je lui dirais qu’elle est bien effrontée d’oublier ainsi son rang et son honneur pour se livrer à un bachelier libertin. Page, prends ma bourse, et va me chercher la bohémienne qui chantait hier matin sous ma fenêtre.