—Elle chante fort bien, répondit le page dans un calme respectueux; mais Votre Seigneurie ne l’a pas vue...
—Et que t’importe! dit Sténio en colère.
—C’est, Votre Excellence, qu’elle est affreuse, dit le page.
—Tant mieux, répondit Sténio.
—Noire comme la nuit, dit le page.
—En ce cas, je la veux tout de suite. Obéis, ou je te jette par la fenêtre.»
Le page obéit; mais à peine fut-il à la porte que Sténio le rappela.
«Non, je ne veux pas de femmes, dit-il; je veux de l’air, je veux du jour. Pourquoi sommes nous enfermés ainsi dans les ténèbres quand le soleil monte dans les cieux? Cela ressemble à une malédiction.
—Êtes-vous encore endormi, que vous ne voyez pas l’éclat des bougies? dit Antonio.
—Qu’on les éloigne et qu’on ouvre les persiennes, dit Sténio, dont le visage pâlissait. Pourquoi nous priver de l’air pur, du chant des oiseaux qui s’éveillent, du parfum des fleurs qui s’ent’rouvrent? Quel crime avons-nous commis pour perdre en plein jour la vue du ciel?