Mario connaissait déjà la chambre de maître Jovelin, et il y trouva sa mère, qui se retirait sans avoir voulu montrer les objets dont elle était la gardienne jalouse et méfiante.

Lucilio avait été aussi frappé que le marquis de la coïncidence de la date fixée dans la mémoire de l'enfant par l'abbé Anjorrant, avec celle attribuée par la petite bohémienne à la mort de Florimond.

Il ne croyait nullement à la magie; mais, comme il avait été également frappé du nom de Mario prononcé par La Flèche, il craignait que le marquis ne fût la dupe de quelque jonglerie.

Il commençait à soupçonner la Morisque elle-même, et son premier soin, en rentrant au manoir, avait été de l'appeler pour la questionner par écrit, avec beaucoup de précision et de sévérité. Il exigeait qu'elle montrât la bague et la lettre de M. Anjorrant dont elle avait parlé; et, bien que cette femme éprouvât beaucoup de respect et de sympathie pour lui, cette insistance lui faisant craindre l'intervention indirecte de l'Alvimar dans l'interrogatoire qu'elle subissait, elle s'était renfermée dans un silence plein d'angoisse.

Dès qu'elle vit Mario, son cœur froissé exhala la plainte qu'il n'osait adresser directement à Lucilio.

—Viens, mon pauvre enfant, lui dit-elle; on nous chasse d'ici, car on nous accuse de vouloir tromper et d'avoir raconté une histoire qui ne serait pas vraie. Viens, partons bien vite, afin que l'on connaisse que nous ne demandons secours qu'à Dieu et à nous-mêmes.

Mais Mario l'arrêta.

—C'est assez nous méfier, lui dit-il; mère, il faut faire ce qu'on nous demande. Donne-moi la lettre, donne-moi la bague! elles sont à moi, je les veux tout de suite!

Lucilio fut frappé de l'énergie de l'enfant, et la Morisque, stupéfaite, garda quelques instants le silence.

Jamais Mario ne lui avait parlé ainsi, jamais elle n'avait senti en lui la moindre velléité d'indépendance, et voilà qu'il lui commandait avec autorité!