Elle eut peur, elle crut à quelque prodige; toute la force de son caractère tomba devant une idée fataliste; elle ôta de sa ceinture l'escarcelle de peau d'agneau où elle avait cousu les précieux objets.
—Ce n'est pas tout, mère, lui dit encore Mario: il me faut aussi le couteau.
—Tu n'oseras pas y toucher, enfant! c'est le couteau qui a tué...
—Je sais, je l'ai déjà regardé. Je veux le regarder encore. Il faut que j'y touche, et j'y toucherai. Donne!
Mercédès remit le couteau et dit en joignant les mains:
—Si c'est l'esprit contraire qui fait agir et parler mon fils, nous sommes perdus, Mario!
Il ne l'écouta pas, et appuyant le petit sac de peau sur la table de Lucilio, il le décousit lestement avec le poignard; il en tira la bague, qu'il passa dans son pouce, et la lettre de l'abbé Anjorrant à M. de Sully, dont il fit sauter le scel et la soie, à la grande consternation de Mercédès.
Cela fait, il ouvrit la missive, en tira un papier taché et maculé, le baisa, le regarda avec attention; puis, s'écriant: «Viens, mère! venez, monsieur Jovelin!» il s'élança dans l'escalier, rentra dans la chambre du marquis, saisit impétueusement, dans les mains de celui-ci, la lettre qu'il commentait encore, compara les écritures, et, posant tout ce qu'il tenait dans les mains d'Adamas, lettres, bague et poignard, il sauta sur les genoux du marquis, lui jeta ses bras au cou et se mit à l'embrasser si fort que le bon monsieur en fut comme étranglé pendant un moment.
—Voyons, voyons! dit enfin Bois-Doré, un peu fâché de cette familiarité à laquelle il ne s'attendait pas, et qui avait gravement compromis sa frisure, ce n'est point l'heure de jouer ainsi, mon bel ami, et vous prenez là des libertés... Qu'est-ce que vous nous apportez? et pourquoi?...
Mais le marquis s'arrêta en voyant Mario fondre en larmes.