L'enfant avait obéi à une inspiration, il avait eu la foi; mais, l'esprit des autres n'allant pas si vite et si droit que le sien, le doute, la peur et la honte lui revenaient. Il avait désobéi à Mercédès, qui pleurait et tremblait.
Lucilio le regardait d'un air attentif, dont il se sentait intimidé; le marquis repoussait son étreinte passionnée, et Adamas, stupéfait, n'avait pas l'air de constater sans hésitation la similitude des écritures.
—Voyons, ne pleurez pas, mon enfant, dit le marquis agité, en prenant des mains d'Adamas la lettre de son frère et le papier froissé et usé que Mario avait apporté. Qu'as-tu, Adamas, et pourquoi trembles-tu de la sorte? Qu'est-ce donc que ce papier taché de noir? Vrai Dieu! ce sont des traces de sang! Rapproche la bougie, Adamas, voyons!... Eh! mes amis! eh! monseigneur Dieu qui êtes au ciel! Jovelin! Adamas! voyons ceci! Je ne suis point halluciné? C'est l'écriture, c'est le vrai caractère de mon frère chéri? Et ce sang... Ah! mes amis, cela est bien dur à regarder... Mais... Mario, où as-tu pris cela?
—Lisez, lisez, monsieur, s'écria Adamas, assurez-vous bien...
—Je ne puis, dit le marquis, qui devint pâle; le cœur me faut! D'où vient ce papier?
—On l'a trouvé sur mon père, dit Mario reprenant courage; voyez si ce n'est pas une lettre pour vous, qu'il voulait vous envoyer. M. Anjorrant me l'a fait lire bien des fois; mais il n'y avait pas votre nom dessus, et nous n'avons jamais su à qui la faire tenir.
—Ton père! répéta le marquis sortant comme d'un rêve; ton père!...
—Lisez donc, monsieur! s'écria Adamas; assurez-vous.
—Non! pas encore, dit le marquis. Si c'est un songe que je fais, je ne souhaite pas en être détrompé. Laissez-moi m'imaginer que ce bel enfant... Viens ici, petit, dans mes bras... Et toi, Adamas, lis si tu peux! moi, je ne saurais!
—Je lirai, moi, dit Mario; suivez avec vos yeux. Et il lut: