C'était, à en juger par sa mise et son air, une femme noble, très-simplement vêtue, petite et mince, pâle, mais belle et jeune, autant que permettait d'en juger le demi-masque noir que les femmes un peu recherchées portaient à la promenade.
Elle avait un chaperon de veuve et le costume entièrement noir. Ses cheveux d'un blond cendré formaient deux belles masses sur ses tempes. Elle marchait complétement seule. Pas un compagnon, pas un valet devant ou derrière elle sur le chemin.
D'abord la grâce moelleuse et chaste de sa démarche avait frappé de loin le regard de Mario. À mesure qu'elle approchait, la couleur de ses cheveux et le noir de son vêtement lui avaient fait battre le cœur. De plus près, il se défendit de cette illusion; face à face, il redevint ému et incertain.
Les mêmes perplexités semblaient agiter la dame masquée. Enfin, elle passa en rendant à Mario le salut qu'il lui adressait.
Mario fit vingt pas, non sans se retourner plusieurs fois; il en fit vingt autres encore et s'arrêta.
—Au risque de faire une inconvenance et d'être mal reçu, se dit-il, je veux savoir qui est cette femme!
Il revint donc sur ses pas en courant, et se trouva de nouveau en face de la dame masquée, qui revenait sur les siens. Ils hésitèrent encore tous les deux et faillirent se croiser comme la première fois sans oser se parler. En fin, la dame se décida la première.
—Je vous demande pardon, dit-elle avec émotion; mais, si une ressemblance ne m'abuse pas, vous êtes Mario de Bois-Doré?
—Et vous êtes Lauriane de Beuvre? s'écria Mario éperdu.
--- Comment se fait-il que vous me reconnaissiez, Mario? dit Lauriane en détachant son masque. Voyez comme je suis changée!