—Oui, dit Mario ravi, vous n'étiez pas de moitié si belle!
—Ah! ne vous croyez pas obligé a cette galanterie, dit Lauriane. La mort de mon père, les souffrances de mon parti et la chute de tous les miens m'ont faite vieille plus que les années. Mais parlez-moi de vous et des vôtres, Mario!
—Oui, Lauriane; mais prenez mon bras et conduisez-moi où vous demeurez, car il faut que je vous parle, et à moins que vous n'ayez ici une bonne protection, je ne vous quitterai pas.
Lauriane s'étonna de l'air animé de Mario; elle accepta son bras, et lui dit:
—Je ne pourrais pas, quand je voudrais, vous conduire maintenant jusque dans mon asile. C'est ce couvent que vous voyez sur le haut du plateau. Mais vous pouvez m'accompagner jusqu'à la porte, et, chemin faisant, nous nous instruirons l'un l'autre de ce qui vous concerne.
Pressée de s'expliquer la première, elle raconta à Mario qu'après la prise de La Rochelle, n'ayant pu obtenir de se dévouer à partager la captivité de madame de Rohan, elle avait voulu retourner en Berry. Mais on lui avait fait savoir à temps que le prince de Condé avait donné des ordres pour la faire arrêter de nouveau, au cas où elle y reparaîtrait.
Une vieille tante, la seule parente et amie fidèle qui lui restât, était supérieure au couvent de la Visitation de Grenoble: c'était une ancienne protestante, jetée toute jeune dans cette maison, et qui s'y était laissé convertir. Mais elle avait conservé pour les protestants une grande mansuétude, et elle appela Lauriane avec tendresse pour la cacher et la protéger jusqu'à la fin de la guerre du Midi. Lauriane avait trouvé là quelque repos et beaucoup d'affection.
Pas plus que chez les religieuses de Bourges, on ne l'avait persécutée. Par égard pour sa tante, on avait feint même d'ignorer qu'elle fût dissidente, et elle pouvait sortir seule et masquée pour porter des secours et des consolations à de malheureux protestants logés dans les faubourgs.
—Lauriane, dit Mario, il ne faut plus sortir, il ne faut plus vous montrer jusqu'à ce que je vous le dise. C'est par un secours de la Providence que vous n'avez pas été rencontrée et reconnue par un invisible et dangereux ennemi. Vous voici à la porte du couvent; jurez-moi, par la mémoire de votre père, que vous ne franchirez pas cette porte avant de m'avoir revu.
—Vous reverrai-je donc, Mario?