—Je parie, dit-elle à Zéphyrine, que vous n'avez pas mis le souper des dames dans la chambre de M. Nivières?

—Pardonnez-moi, madame, répondit Zéphyrine en me regardant d'un air de reproche.

Madame d'Ionis semblait me dire aussi, des yeux, que je manquais d'obligeance. L'abbé s'écria naïvement:

—C'est singulier! ces choses-là n'arrivent donc qu'à moi?

Il partit après le déjeuner, et madame d'Ionis me donna rendez-vous, à une heure, dans la bibliothèque. J'y étais à midi; mais elle me fit dire par Zéphyrine que d'importunes visites lui étaient survenues et qu'elle me priait de prendre patience. Cela était plus facile à demander qu'à obtenir. J'attendis; les minutes me semblaient des siècles. Je me demandais comment j'avais pu vivre jusqu'à ce jour sans ce tête-à-tête que j'appelais déjà quotidien, et comment je vivrais quand il n'y aurait plus lieu de l'attendre. Je cherchais par quels moyens j'en amènerais la nécessité, et, résolu enfin à entraver, de tout mon faible pouvoir, la solution du procès, je m'ingéniais de mille subterfuges qui n'avaient pas le sens commun.

Tout en marchant avec agitation dans la galerie, je m'arrêtais de temps en temps devant la fontaine et m'asseyais quelquefois sur ses bords, entourés de fleurs magnifiques artistement disposées dans les crevasses du rocher brut sur lequel on avait exhaussé le rocher de marbre blanc. Cette base fruste donnait plus de fini à l'œuvre du ciseau et permettait de faire retomber l'eau des vasques en nappes brillantes dans les récipients inférieurs, garnis de plantes fontinales.

Cet endroit était délicieux, et le reflet du vitrail colorié donnait par moments les tons changeants et l'apparence de la vie aux figures fantastiques de la statuaire.

Je regardai la néréide avec un étonnement nouveau, l'étonnement de la trouver belle et de comprendre enfin le sens élevé de cette mystérieuse beauté.

Je ne songeais plus à la critiquer au profit de celle de madame d'Ionis. Je sentais que toute comparaison est puérile entre des choses et des êtres qui n'ont point de rapport entre eux. Cette fille du génie de Jean Goujon était belle par elle-même. La face était d'une sublime douceur. Elle semblait communiquer à la pensée un sentiment de repos et de bien-être analogue à la sensation de fraîcheur que procurait le murmure continu de ses eaux limpides.

Enfin madame d'Ionis arriva.