—Je connais à peine madame d'Ionis! répliqua vivement le jeune d'Aillane.

—Aussi, je ne parle point de vous, monsieur, reprit mon père en souriant; je parle du comte d'Aillane et de mademoiselle sa fille.

—Et moi, mon père, dis-je à mon tour, je n'ai pas voulu parler de madame d'Ionis.

—Peut-on vous demander, me dit le jeune d'Aillane, quelle est la personne qui a eu sur vous cette heureuse influence, afin que je puisse lui en savoir gré?

—Vous me permettrez, monsieur, de ne pas vous le dire. Ceci m'est tout personnel.

Le jeune capitaine me demanda pardon de son indiscrétion, prit congé de mon père un peu froidement, et se retira en me témoignant sa gratitude pour mes bons procédés.

Je le suivis jusqu'à la porte de la rue, comme pour le reconduire. Là, il me tendit encore la main; mais, cette fois, je retirai la mienne, et, le priant d'entrer un instant dans mon appartement qui donnait sur le vestibule d'entrée de notre maison, je lui déclarai de nouveau que j'étais persuadé de la noblesse de sentiments de son père, et bien déterminé à ne pas porter la moindre atteinte à l'honneur de sa famille. Après quoi, je lui dis:

—Ceci établi, monsieur, vous allez me permettre de vous demander raison de l'insulte que vous m'avez faite, en doutant de ma fierté jusqu'à me menacer de votre ressentiment. Si je ne l'ai pas fait devant mon père, qui semblait m'y pousser, c'est parce que je sais que, sa colère passée, il se fût senti le plus malheureux des hommes. J'ai aussi une mère fort tendre; c'est ce qui me fait vous demander le secret sur l'explication que nous avons ici. Chargé des intérêts de madame d'Ionis, c'est demain que je plaide sa cause. Je vous prie donc de m'accorder pour après-demain, au sortir du Palais, le rendez-vous que je vous demande.

—Non, parbleu! il n'en sera rien, s'écria le jeune homme en me sautant au cou. Je n'ai pas la moindre envie de tuer un garçon qui me montre tant de cœur et de justice! J'ai eu tort, j'ai agi en mauvaise tête, et me voilà tout prêt à vous en demander pardon.

—C'est fort inutile, monsieur, car vous étiez tout pardonné d'avance. Dans mon état, on est exposé à ces offenses-là et elles n'atteignent pas un honnête homme; mais il n'y en a pas moins nécessité pour moi de me battre avec vous.