—Mon cher enfant, prends garde à toi! Madame d'Ionis est pour toi un oracle, je le sais! Mais j'ai grand'peur que tu ne tiennes le bougeoir pour un autre.
Et, comme il vit mon étonnement, il ajouta:
—Nous parlerons de cela plus tard. Songe à bien parler demain et à faire honneur à ton père!
Au moment de me mettre au lit, je fus frappé de la vue d'un nœud de rubans verts attaché à mon oreiller avec une épingle. Je le pris et sentis qu'il contenait une bague: c'était l'étoile d'émeraude dont le souvenir ne m'était resté que comme celui d'un rêve de la fièvre. Elle existait, cette bague mystérieuse; elle m'était rendue!
Je la passai à mon doigt et je la touchai cent fois pour m'assurer que je n'étais pas dupe d'une illusion; puis je l'ôtai et l'examinai avec une attention dont je n'avais pas été capable au château d'Ionis, et j'y déchiffrai cette devise en caractères très-anciens: Ta vie n'est qu'à moi.
C'était donc une défense de me battre? L'immortelle ne voulait pas me permettre encore d'aller la rejoindre? Ce fut une cruelle douleur; car, depuis quelques heures, la soif de la mort s'était emparée de moi, et j'espérais être autorisé par les circonstances à me débarrasser de la vie sans révolte et sans lâcheté.
Je sonnai Baptiste, que j'entendais marcher encore dans la maison.
—Écoute, lui dis-je, il faut me dire la vérité, mon ami; car tu es un honnête homme, et ma raison est dans tes mains. Qui est venu ici dans la soirée? Qui a apporté la bague dans ma chambre, là, sur mon oreiller?
—Quelle bague, monsieur? Je n'ai pas vu de bague.
—Mais, maintenant, ne la vois-tu pas? N'est-elle pas à mon doigt? Ne l'y as-tu pas déjà vue au château d'Ionis?