—Mais, le jour où vous chantiez dans cette chapelle, M. Moreali....

—Il était dans le chœur extérieur, séparé du nôtre par une grille et un voile.

—Mais au confessionnal?

—Un mur sépare la pénitente du prêtre. D'ailleurs, je ne me suis jamais confessée à l'abbé Fervet, et je ne me confesserai plus à aucun prêtre.

—Jamais?

—Jamais! cela ferait souffrir Émile. Mais pourquoi me faites-vous ces questions-là? Que craignez-vous pour moi?

—Je ne sais, répondit M. Lemontier, qui répugnait à soupçonner l'abbé, et qui ne voulait pas éclairer Lucie sur certains dangers dont elle n'avait certes jamais conçu la pensée; nous voici aux prises avec deux hommes bien différents l'un de l'autre, mais fanatiques tous deux: l'abbé qui regarde la souffrance comme un moyen de salut, le capucin qui dirait avec une parfaite douceur:

«Tuez-la, si elle est en état de grâce!» Ils ont peut-être des complices de leur folie et des ministres dévoués de leurs audaces. Je me demandais si, à l'insu de votre père, ils ne pourraient pas vous enlever et vous faire transférer dans un autre couvent qui serait pour vous une véritable prison où votre père lui-même aurait de la peine à vous découvrir. Je m'exagérais sans doute le danger. On n'enlève ainsi que les personnes qui s'y prêtent par leur faiblesse et leur crédulité. Pourtant... je ne suis pas tout à fait sans inquiétude. On peut vous obséder, vous irriter au point de vous rendre malade... et les malades sont sans défense.

—Oui! répondit Lucie: ma mère!...

—N'acceptez donc pas les conditions du général, reprit M. Lemontier; proposez-lui-en d'autres, auxquelles nous réfléchirons ensemble aujourd'hui. Gagnons du temps, et ne montrez pas l'impatience d'une solution trop prompte.