Vous savez le reste, monsieur. Déjà une ou deux lettres de Lucie m'avaient fait pressentir une modification dangereuse dans ses idées. Je me hâtais, mais non pas au gré de mon impatience. Une fortune matérielle m'était tombée du ciel. Un pauvre parent de ma mère, celui qui m'avait adopté, avait reçu pour moi un million, à la condition de ne jamais trahir et de ne jamais me révéler à moi-même le secret de ma naissance. Ce million, ce devait être mon monastère. Il me fallait rassembler les fonds épars dans plusieurs banques. Quand j'arrivai enfin ici à l'improviste, il était trop tard! On m'avait aliéné, on m'avait volé le cœur de ma fille!...


Ici, la voix de Moreali fut étouffée par les sanglots. M. Lemontier l'empêcha de rien ajouter.

«Votre confession est complète, lui dit-il. Je sais à présent tout ce qui s'est passé en vous, et je vais vous le dire à mon point de vue, qui n'est pas le vôtre. Je ne me permettrai aucun blâme personnel; car, si vous m'avez dit la vérité, et je crois que vous me l'avez dite....

—Lisez les lettres de Blanche, lisez-les! s'écria Moreali.

—Non, j'aime mieux vous croire librement.

—Mais, moi, je ne veux pas de générosité! Lisez...»


[XXX.]

[RÉSUMÉ.]