—Certainement non.... Alors il me refusera votre main?

—Voilà ce que je ne puis vous dire, je n'en sais absolument rien. Il y a deux ans, mon père eût fait meilleur marché que moi de la croyance; mais le voilà bien changé, et, je le dis avec regret, sa conversion n'a pas ouvert son esprit à l'aménité. Que ferez-vous, Émile, s'il vous déclare qu'il faut faire acte de catholicisme pour m'obtenir?

—Je reculerai, comme on fait avec les enfants, pour détourner l'orage. Je lui demanderai de prendre le temps de me connaître, et alors tout dépendra de vous.

—Comment cela?

—Si vous m'aimez assez pour embrasser mes idées, vous userez de votre légitime ascendant sur lui pour l'amener à approuver notre union.

—Ah! oui; mais nous sommes dans une impasse. Pour que nos idées arrivent à se fondre, il ne faut pas qu'on nous sépare.... M'autorisez-vous à lui dire que j'espère vous convertir?

—Si vous le croyez, dites-le, Lucie; mais ne comptez pas que je vous aiderai à le faire croire.»

Lucie eut un moment de dépit où, pour la première fois, je vis la femme l'emporter sur l'apôtre.

«Vous êtes un roc! me dit-elle; vous n'êtes pas capable de la plus petite concession pour rester près de moi et me donner du courage! Est-ce là aimer?

—Oh! oui, Lucie, m'écriai-je, c'est aimer avec la passion d'un honnête homme qui vous respecte, et qui ne veut pas se rendre indigne de vous par le mensonge.