— Oui, oui, répondit-il, c'est cela! C'est la vue de cette épouvantable conséquence de la guerre! Je savais le fait, Dumont me l'avait confié, et pourtant, en vous voyant revenir ainsi… Mais ne parlons que de votre prochain bonheur: à quand le mariage?
— C'est vous qui déciderez, lui dis-je. S'il nous fallait attendre encore pour célébrer ce bonheur en même temps que le vôtre…
Il secoua la tête et m'interrompant:
— J'avais formé certains projets… auxquels il me faut renoncer et auxquels je renonce sans dépit. Arrêtons-nous sur ce banc. Je me sens très fatigué, j'ai travaillé beaucoup cette nuit, j'ai beaucoup marché dans la matinée…
— Vous êtes souffrant ou vous avez un grand chagrin, lui dit
Émilien en lui saisissant les deux mains! votre mère…
— Bien, très bien, ma bonne mère! vous allez la voir.
— Et Louise?…
— Votre soeur… très bien aussi; mais vous ne la verrez pas ici.
Elle est… partie.
— Partie!… où? comment?
— Avec sa vieille parente, madame de Montifault, la Vendéenne, la chouanne irréconciliable! Chargée par vos parents de veiller sur Louise, mais empêchée longtemps par le louable devoir de fomenter et de continuer la guerre civile, elle a pu enfin sortir du repaire; elle est venue hier soir chercher Louise, et Louise l'a suivie.