— Oui, mais ce n'est pas fait: comment pourrait-on forcer tout le monde? Il faudrait autant d'hommes de maréchaussée que de gens à faire marcher. Tenez! Tenez! vous me donnez des raisons parce que vous avez envie de me quitter et de devenir officier!
— Non, ma chère enfant, je n'ai pas d'ambition, on ne m'a pas élevé pour en avoir et je n'aime pas la guerre. Je suis né doux et je n'ai pas le goût de tuer des hommes; mais il y aura peut-être une question d'honneur et tu ne voudrais pas me voir méprisé?
— Oh non! par exemple! j'ai trop souffert dans le temps où l'on disait que vous ne seriez jamais bon à rien; mais tout cela peut tourner autrement et, si vous n'êtes pas forcé, jurez-moi que vous ne nous quitterez pas.
— Peux-tu me demander cela? tu ne sais donc pas comme je t'aime?
— Si fait, je le sais. Vous m'avez promis que, quand vous seriez marié, vous me donneriez vos enfants à garder et à soigner.
— Marié? tu crois donc que je veux me marier?
— Vous avez dit une fois que vous y penseriez un jour, et, depuis ce temps-là moi, j'ai toujours pensé à m'instruire de ce qu'une femme doit savoir pour servir une dame et tenir sa maison.
— Ah! tu crois que je veux que tu serves ma femme?
— Vous ne le voulez plus?
— Non certes, je ne veux pas que tu sois au-dessous de qui que ce soit dans mon amitié; ne comprends-tu pas cela?