—Je veux bien vous le dire; mais c'est à condition que vous l'écouterez très-sérieusement.

—Vous m'inquiétez!

—C'est déjà quelque chose. Sachez donc que j'ai mis ce tiers entre nous pour me préserver moi-même.

—Et de quoi, s'il vous plaît?

—Du danger caché au fond de toutes les conversations qui roulent sur l'amour entre jeunes gens.

—Parlez pour vous, Léonce; je ne me suis pas aperçue de ce danger. Vous m'aviez promis de ne pas laisser l'ennui approcher de moi; je comptais sur votre parole, j'étais tranquille.

—Vous raillez? C'est trop facile. Vous m'aviez promis plus de gravité.

—Allons, je suis très-grave, grave comme ce curé. Que vouliez-vous dire?

—Que, seul avec vous, j'aurais pu me sentir ému et perdre ce calme d'où dépend ma puissance sur vous aujourd'hui. Je fais ici l'office de magnétiseur pour endormir votre irritation habituelle. Or, vous savez que la première condition de la puissance magnétique c'est un flegme absolu, c'est une tension de la volonté vers l'idée de domination immatérielle; c'est l'absence de toute émotion étrangère au phénomène de l'influence mystérieuse. Je pouvais me laisser troubler, et arriver à être dominé par votre regard, par le son de votre voix, par votre fluide magnétique, en un mot, et alors les rôles eussent été intervertis.

—Est-ce que c'est une déclaration, Léonce? dit Sabina avec une hauteur ironique.