—Oui, inébranlable.
—-Eh bien,… tenez! Adélaïde, cette splendeur d'intelligence et de beauté, cette sérénité divine, cette modestie adorable… tout cela ne s'abaissera jamais jusqu'à moi! Que suis-je auprès d'elle? Elle sait toutes choses mieux que moi: la poésie, la musique, les langues, les sciences naturelles,… peut-être la métallurgie, qui sait? Elle verrait trop en moi son inférieur.
—Encore de l'orgueil! dit Valvèdre. Souffre-t-on de la supériorité de ce qu'on aime?
—Mais… je ne l'aime pas, moi! je la vénère, je l'admire, mais je ne puis l'aimer d'amour!…
—Pourquoi?
—Parce qu'elle en aime un autre.
—Un autre? vous croyez?…
Valvèdre resta pensif et comme plongé dans la solution d'un problème. Je le regardai attentivement. Il avait quarante-sept ans, mais il eût pu en cacher dix ou douze. Sa beauté mâle et douce, d'une expression si haute et si sereine, était encore la seule qui pût fixer les regards d'une femme de génie; mais son âme était-elle restée aussi jeune que son visage? N'avait-il pas trop aimé, trop souffert?
—Pauvre Adélaïde! pensai-je, tu vieilliras peut-être seule comme Juste, qui a été belle aussi, femme supérieure aussi, et qui, peut-être comme toi, avait placé trop haut son rêve de bonheur!
Valvèdre marchait en silence auprès de moi. Il reprit la conversation où nous l'avions laissée.