ANCIENNE PRÉFECTURE DE POLICE.
Ancienne rue de Jérusalem. (Dessin de A. Maignan.)

Traversons la place du Parvis-Notre-Dame, où s'élevaient autrefois l'Hôtel-Dieu et ses dépendances: là se trouvait le Tour aux enfants trouvés et les Cagnards, cet ancien repaire de débauche, dont Meryon nous a laissé de si impressionnantes eaux-fortes, et devant lesquels, tout enfant, nous nous arrêtions plein d'effroi, en suivant de l'œil les énormes rats qui y logeaient et y déambulaient en plein jour, mangeant les ordures accumulées.

Entre Notre-Dame et le Palais de Justice, un lacis de petites rues enserrait jadis la Sainte-Chapelle et la Préfecture de Police, dont les jardins s'avançaient presque jusqu'au bord de l'eau. A la hauteur du Pont Saint-Michel quelques vieilles bicoques subsistent encore qui virent passer les émeutes de 1793, de 1830 et de 1848; une entre autres est encore debout quai des Orfèvres, où travaillait le célèbre Sabra, dentiste populaire, qui modestement s'intitulait le «quenotier du peuple». C'est aujourd'hui un des coins bénis des bouquinistes en plein air et aussi des pêcheurs à la ligne qui peuvent, au soleil et loin des bateaux-mouches, s'y livrer à leur impassible sacerdoce.

Ce vieux «Coin de Paris» a été jeté bas il y a quelques mois, on édifie actuellement sur ses ruines les annexes du Palais de Justice (1909).

Avant de décrire la Conciergerie, traversons la Cour du Mai; là, devant le perron du Palais de Justice, à droite, chaque jour les sinistres charrettes venaient pendant la Terreur charger «à 4 heures de relevée» leur lugubre fournée de condamnés à mort, sous l'œil vigilant de Fouquier-Tinville qui, de la fenêtre de son bureau, comptait froidement, en se curant les dents, le nombre des victimes qui «allaient là-bas».

L'ÉGLISE SAINT-BARTHÉLEMY ET LA PETITE PLACE EN FACE LE PALAIS DE JUSTICE.

C'est de cette cour sinistre que, par un jour brumeux de novembre 1793, partit pour l'échafaud, les cheveux coupés et les mains liées, la pauvre Manon Roland, dont la joyeuse enfance s'était écoulée dans la maison de briques roses et blanches qui faisait l'angle du quai de l'Horloge et du terre-plein du Pont-Neuf, à quelques mètres de la Conciergerie!

Ce paysage charmant où elle avait fait de si beaux rêves de gloire et de liberté, elle le revit une dernière fois, alors que, sous les huées des aboyeurs et des furies de guillotine, on la menait à l'échafaud. Sanson avait fait suivre à son horrible cortège le chemin accoutumé: le Pont-au-Change, le quai de la Mégisserie, la place des Trois-Marie; de là, tournant ses yeux vers l'autre rive de la Seine, la pauvre femme qui allait mourir put contempler une dernière fois le décor de ses années heureuses, que dominait la masse imposante du Panthéon français, c'était le nom nouveau de l'église Sainte-Geneviève, que la Convention venait de débaptiser et de vouer au culte de nos gloires nationales.....