Jusqu'à la Révolution, cette petite manifestation artistique passionna Paris. Quel joli spectacle devaient offrir la place Dauphine, les façades roses des deux maisons d'angle et le vieux Pont-Neuf—décor exquis, pittoresque et charmeur—encombrés d'amateurs, de badauds, de critiques, de belles dames, d'artistes, d'aimables modèles en claire toilette, se pressant affairés, babillards, enthousiastes, joyeux, par une douce matinée de mai, devant les toiles fraîches écloses des «Petits Exposants de la place Dauphine!»

PLACE DAUPHINE EN 1780.
Dessin de Duché de Vancy. «L'Exposition de la Jeunesse». (Musée Carnavalet.)


[L'ILE SAINT-LOUIS]

L'Ile Saint-Louis est en quelque sorte le prolongement de la Cité. C'est une manière de province dans Paris. Les rues y sont silencieuses et désertes; pas de boutiques, pas de promeneurs, pas de commerce; quelques vieux hôtels aristocratiques avec leurs hautes façades, leurs frontons blasonnés et leur architecture sévère disent seuls le glorieux passé de ce noble quartier.

La flèche ajourée de l'église Saint-Louis-en-l'Ile met sa note élégante dans cet ensemble un peu triste. Les quais d'Orléans et de Béthune contiennent de vastes logis de fière allure. Rue Saint-Louis, se dresse l'admirable hôtel Lambert, ce chef-d'œuvre de l'architecte Le Vau, que perdit au jeu, en une nuit, M. Dupin de Chenonceaux, cet élève ingrat de J.-J. Rousseau. Le Brun y peignit la galerie des Fêtes et Le Sueur le salon des Muses.