[3] Notre maître regretté, Victorien Sardou, avait acquis le fronton de bois sculpté qui surmontait la porte du logis de Danton. Madame Sardou et ses enfants ont bien voulu disposer de cette précieuse relique parisienne en faveur du Musée Carnavalet: grâces leur soient rendues.
DÉMOLITIONS SUR L'ACTUEL EMPLACEMENT DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN.
La cour de Rohan (qui devrait s'écrire de Rouen, car elle dépendait, au XVe siècle, de l'ancien hôtel possédé par le cardinal de Rouen) rejoint le passage du Commerce, à deux pas de la librairie où le philanthropique docteur Guillotin essaya sur un mouton le couperet de sa «machine à décapiter»; la cour de Rohan si pittoresque, si curieuse, où reste encore le puits de la maison qu'habita Coictier, le médecin de Louis XI; où l'on retrouve le «pas de mule» dont se servaient, pour descendre de leurs montures, les docteurs en Sorbonne qui fréquentaient en ce quartier, et qui gardait une très ancienne muraille supportant un jardin planté de lilas et de gazon—hélas disparu depuis l'an dernier.—Cette muraille était, comme celle de la rue Clovis, un fragment du mur d'enceinte de Philippe-Auguste dont la base d'une des tours se retrouve encore passage du Commerce, au nº 4, chez un serrurier qui y a installé sa forge!
Les maisons y sont vieilles, délabrées, sordides, mais d'un pittoresque achevé; les plus étranges industries y fleurissent, et l'on y pouvait dernièrement lire cette annonce bien parisienne: «On demande des petites mains pour fleurs et plumes», à côté de la plaque indicatrice du journal le Ciel, au quatrième, la porte à gauche!
LA COUR DE ROHAN EN 1901.
Aquarelle de D. Bourgoin.
La rue de l'Ancienne-Comédie (jadis rue des Fossés-Saint-Germain), est toute proche; là Marat avait installé dans une cave ses presses et son imprimerie. Au nº 14, dans la cour d'un vieil hôtel occupé par un marchand de papiers peints, s'élevait jadis la salle même du Théâtre-Français. La grande porte d'entrée, les escaliers desservant les loges d'artistes, les coulisses, le plancher incliné de la salle, les frises mêmes subsistent encore. Les «comédiens du Roi» y jouèrent, le 18 avril 1689, Phèdre et le Médecin malgré lui, et y donnèrent leurs représentations jusqu'en 1770.