SALLE DE L'ANCIEN THÉATRE-FRANÇAIS.
Les encyclopédistes, d'Alembert, Diderot et ses amis, se réunissaient en face, au café Procope, dont subsiste encore un beau balcon de fer, d'où il était charmant de voisiner avec le balcon de la Comédie. Le café Procope, célèbre au XVIIIe siècle, le fut encore sous le second Empire: Gambetta, en 1867, à la veille du procès Baudin, y lançait devant la jeunesse des Écoles, vibrante d'enthousiasme, les éclairs et les tonnerres de son admirable éloquence. Le grand tribun habitait, en 1859, nº 7, rue de Tournon, l'hôtel du Sénat et des Nations, qui existe encore. Sa petite chambre avait une admirable vue sur les toits de Paris. Elle n'a pas été modifiée.
Tout près de là, rue Bourbon-le-Château, nº 1, le 23 décembre 1850, deux malheureuses femmes furent assassinées. L'une d'elles, Mlle Ribault, dessinatrice au Petit Courrier des Dames, dirigé par M. Thiéry, eut la force d'écrire sur un paravent avec son doigt trempé dans son sang: «L'assassin, c'est le commis de M. Thi...». Ce commis, Laforcade, fut arrêté le lendemain.
Que de coins délicieux, presque ignorés des Parisiens, renferme encore cette Rive gauche.
Ils ne sont pas à jamais disparus, ces grands jardins mélancoliques, ces hôtels séculaires enfouis dans des rues où l'herbe pousse et dont les nobles mais tristes façades ne laisseraient jamais deviner les richesses qu'ils contiennent. Beaucoup se rencontrent aux alentours de l'hôtel des Invalides. D'autres existent rue Vaneau, rue Bellechasse, rue de Varenne, rue Saint-Guillaume, rue Bonaparte; on en rencontre encore rue Visconti, et cette ruelle étroite et sombre compte d'illustres souvenirs. La Champmeslé, la Clairon et Adrienne Lecouvreur habitèrent l'hôtel de Ranes, bâti sur l'emplacement du Petit-Pré-aux-Clercs, et J. Racine y mourut en 1697; cette maison qui porte le nº 21, est aujourd'hui une pension de jeunes filles!—Enfin, au nº 17, le grand Balzac fonda l'imprimerie où il se ruina et dont plus tard Paul Delaroche fit son atelier. C'est là que se passa le drame sentimental et commercial dont MM. Hanoteaux et Vicaire nous ont conté, d'éloquente façon, l'inoubliable et poignante histoire.
Toutes ces maisons évocatrices, tous ces souvenirs sont encore visibles mais combien peu de Parisiens les connaissent!
Quai Voltaire—ex-quai des Théatins—habitèrent Vivant-Denon, Ingres, Alfred de Musset, le président Perrault, Chamillard, Gluck, et Voltaire... qui y mourut et dont le cadavre, revêtu d'une robe de chambre, soutenu par des courroies, comme un voyageur endormi, partit nuitamment, dans le fond d'une berline de voyage, le 30 mai 1778, de la cour de l'hôtel de M. de Villette, (dont l'entrée se trouve toujours rue de Beaune), pour être inhumé hors Paris, à l'abbaye de Scellières, en Champagne.
L'appartement où s'éteignit Voltaire n'a pas été modifié, la décoration est restée presque intacte avec ses trumeaux, ses plafonds peints et ses petits salons de glaces pris dans l'épaisseur des murs.