En longeant les quais, nous rencontrons la place Saint-Michel, puis la rue Galande. Malgré ses récentes démolitions, cette vieille rue renferme encore quelques anciennes demeures; mais elle a perdu la si bizarre maison dite le Château Rouge, ou plus prosaïquement «la Guillotine».
Dans ce qui fut, au XVIIe siècle, une somptueuse demeure—l'hôtel, dit-on, de Gabrielle d'Estrées—derrière le haut et vaste perron qui occupait le fond de la cour, le logis s'ouvrait enfumé, sordide, puant le vin, la crasse, la débauche et le vice.
Il fallait passer par-dessus des corps d'ivrognes et d'ivrognesses pour pénétrer dans les bouges où ces malheureux venaient chercher une façon de gîte, une heure d'oubli. C'était hideux et lugubre. Les amateurs de vilains spectacles pouvaient continuer leurs études tout près, chez le père Lunette, rue des Anglais. Le personnel était le même, un monde de bagne, «la bestialité dans toute son horreur» comme chante Méphistophélès dans la Damnation de Faust. De récents travaux d'édilité et d'assainissement ont fait disparaître le Château-Rouge.
Rue Saint-Séverin, un pittoresque enchevêtrement de vieilles maisons étale autour de l'antique église gothique cette «flore de pierres», l'une des plus curieuses peut-être de Paris; l'une de celles qui gardent le mieux les traces d'un passé d'art, de recueillement et de prière.
Les sublimes artistes qui, en plusieurs siècles, surent créer cette forêt de fines sculptures dont est décorée l'abside, ont, hélas, laissé d'insuffisants successeurs.—A côté d'anciens vitraux provenant de Saint-Germain-des-Prés, de froides et modernes verrières, au ton criard, ont enlevé à Saint-Séverin le mystère religieux et poétique, le demi-jour discret où se complaisaient les âmes des fidèles; et leur lumière crue ne laisse que trop voir les traces de mutilations successives dont fut victime cette belle église. Dans la rue avoisinante, le presbytère actuel est construit sur l'ancien cimetière où, en 1461,—nous apprend l'érudit M. de Rochegude,—fut publiquement tentée la première opération de la pierre sur un condamné à mort..., qui guérit, l'heureux homme! et fut gracié par Louis XI. Tout ce quartier est l'un des plus grouillants de Paris, et parfois c'est une véritable cour des Miracles. Il semblerait que les malandrins, les ribauds et leurs compagnes, les penailleux des siècles passés aient laissé là leurs descendants les plus directs.—On y vit dans la rue, on y mange des rogatons dans des bibines abominables; une odeur d'alcool flotte dans l'air au coin de chaque carrefour, les mastroquets, les bars, regorgent de clients.—Une partie de l'argent mendié ou volé à Paris se dépense ici!
LA RUE GALANDE.
Lansyer, pinxit. Musée Carnavalet.
Saint-Médard est tout proche, avec son petit square poussiéreux, vieillot, et sa tour carrée, à l'extrémité de la rue Monge, au coin de la rue Mouffetard. C'est une église lugubre et pauvre, comme usée, où les rats ont élu domicile, enclavée dans de vieilles maisons couvertes de réclames au badigeon criard. Il est loin le temps où le tombeau du diacre Pâris y faisait ses miracles, où la Cour et la ville s'étouffaient dans le petit cimetière dont une porte subsiste encore, celle-là peut-être sur laquelle on inscrivit le fameux distique:
De par le Roi, défense à Dieu
De faire miracle en ce lieu.