L'ÉGLISE SAINT-NICOLAS-DU-CHARDONNET ET LA RUE SAINT-VICTOR.
Dessin de Heidbrendk. Musée Carnavalet.

Saint-Nicolas-du-Chardonnet et Saint-Julien-le-Pauvre sont les deux églises les plus proches; l'une, Saint-Nicolas-du-Chardonnet, a pour annexe un triste et sombre petit séminaire où, sous la direction de l'abbé Dupanloup, l'éminent philosophe E. Renan fit une partie de ses études théologiques. Il faut lire dans les Souvenirs d'Enfance et de Jeunesse les pages admirables que ce merveilleux écrivain a consacrées à son séjour dans cette studieuse maison! «Cette paroisse qui tirait son nom du champ de chardons bien connu des étudiants de l'Université de Paris au Moyen Age, était alors le centre d'un quartier riche, habité surtout par la magistrature... L'internat me tuait... Je n'étais pas le seul à souffrir... Mon meilleur ami, un jeune homme de Coutances, je crois, transporté comme moi, excellent cœur, s'isola, ne voulut rien voir, mourut. Les Savoisiens se montraient bien moins acclimatables encore. Un d'eux, plus âgé que moi, m'avouait que chaque soir il mesurait la hauteur du dortoir du troisième étage au-dessus du pavé de la rue Saint-Victor. Je tombai malade, selon toutes les apparences, j'étais perdu. Le Breton qui est au fond de moi s'égarait en des mélancolies infinies. Le dernier angélus du soir que j'avais entendu rouler sur nos chères collines et le dernier soleil que j'avais vu se coucher sur ces tranquilles campagnes me revenaient en mémoire comme des flèches aiguës. Selon les règles ordinaires, j'aurais dû mourir; j'aurais peut-être mieux fait...»

La mère du peintre Le Brun fut enterrée dans la chapelle Saint-Charles, de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, et aussi Pierre de Chamousset, l'inventeur de la petite Poste aux lettres... Parisiennes, bénissez sa mémoire!

LA RUE SAINT-JULIEN-LE-PAUVRE.

L'église Saint-Julien-le-Pauvre est affectée au culte grec. Elle tombe en ruine, cette triste chapelle enclavée dans les anciens bâtiments de l'Hôtel-Dieu; une margelle bouchée de puits d'où sortent quelques pauvres herbes, semble en garder la porte, qui s'ouvre sur une cour sale, encombrée de détritus, où picorent quelques maigres poules. En ce coin de misère et de souffrances, les murs sont humides et noirâtres; dans ces cours sombres, poussent difficilement quelques arbres rachitiques. Il y a trois ans encore, de temps en temps, s'y arrêtaient des civières ou des voitures d'ambulances: on en descendait les malheureux qu'un accident, un crime ou la maladie avaient frappés brusquement dans la rue. Dans ce grand Paris indifférent, affairé, partagé entre ses plaisirs ou ses affaires, l'épave humaine était apportée à l'Assistance publique, dans cette triste rue Saint-Julien-le-Pauvre, au nom suggestif. Là, ces vaincus de la vie achevaient leur misérable existence, à l'ombre de la vieille église, contemporaine au moins de Notre-Dame, où Grégoire de Tours dit avoir logé, où Dante a longuement prié, et dont la sombre silhouette semble tout indiquée pour abriter de son ombre les pires misères du pauvre peuple parisien.


Pour nous reposer de ce pénible spectacle, reprenons les admirables quais parisiens, suivons ce beau fleuve, si vivant sous les jeux de lumière du jour et les coups de lune de la nuit, longeons la Seine, le plus gai, le plus merveilleux spectacle que nous offre Paris; passons devant les beaux hôtels des Miramionnes, de Nesmond, du président Rolland, devant la Halle aux Vins, ces «catacombes de la soif», et arrêtons-nous au vieux Jardin des Plantes, cher à Buffon; un reste du charme des choses passées et non encore abolies y subsiste encore!

Les arbres sont séculaires, les décors des charmilles n'ont pas été modifiés; il est des coins de volières et de huttes à chèvres qui sont tels que Daubigny et Charles Jacques les dessinèrent en 1843, pour l'illustration du bel ouvrage édité par Curmer.