Une crèche municipale occupe rue des Gobelins, nº 3, un bel hôtel Louis XIII qu'habita le marquis de Saint-Mesme, lieutenant général, époux d'Élisabeth Gobelin, tout proche d'un beau bâtiment d'aspect seigneurial qui, dans le quartier, porte le nom d'«hôtel de la Reine Blanche».

La légende est fausse, assure le très érudit M. Beaurepaire, l'aimable bibliothécaire de la ville de Paris: «ce fut simplement le logis de Catherine d'Hausserville, où Charles VI faillit être brûlé vif dans la représentation d'un ballet; le feu prit à son travestissement». L'édifice est de noble allure et détonne un peu dans ce pauvre mais si pittoresque quartier.

Un autre bel hôtel encore, rue Scipion, hôtel bâti par Scipion Sardini, sous Henri III, avec des médaillons en terre cuite, rares spécimens parisiens de cette si jolie décoration qui nous charme tant à Florence, à Pise, à Vérone. Ce Scipion Sardini fut un homme étrange, dont l'histoire mérite d'être contée. D'origine toscane, il vint en France après la mort de Henri II, alors que Catherine de Médicis s'emparait du pouvoir. Aimable, spirituel, insinuant, grand manieur d'argent, habile dans ses entreprises, sans scrupules, il prend vite une place prépondérante dans cette cour frivole, dissolue, joyeuse. Il savait mener de front les affaires et les plaisirs: une illustre alliance lui semblant nécessaire pour faire oublier la bassesse de sa condition première et la rapidité de sa fortune: il épouse la «belle Limeuil»—une des plus séduisantes beautés de l'Escadron volant de la Reyne.—«Toutes bastantes pour mettre le feu par tout le Monde», disait Brantôme. Cette aimable personne avait été successivement adorée par les plus nobles Seigneurs de la Cour avant de faire, en 1563, la conquête de Condé, dont elle eut un enfant. A Dijon, pendant une réception de la Reine, la demoiselle de Limeuil se trouva mal et accoucha d'un garçon: «Pour une personne si avisée, écrit Mézeray, on ne s'explique pas trop comment elle prit si mal ses mesures»; scandale, indignation de la reine-mère; emprisonnement de la belle Isabelle, que Condé, toujours amoureux, réussit à faire évader. Mais les Protestants veillaient et réussirent à éloigner leur chef de sa compromettante amie. C'est alors que se présenta Scipion Sardini, le plus riche financier de l'époque, le banquier du roi, du clergé, des seigneurs. Il sut se faire agréer, se maria, et s'établit dans ce joli hôtel que nous admirons encore, cité par Sauval comme un des plus beaux de Paris, au milieu des vignes, des vergers et des champs que bordait la Bièvre. Il y vécut, entouré de luxe, d'œuvres d'art, de livres et de fleurs; il y mourut vers 1609, et dès 1636 l'hôtel était un hôpital qui, en 1742, fut transformé en boulangerie; et cette boulangerie dessert aujourd'hui les Hôpitaux de la ville de Paris.

LE PONT DE CONSTANTINE ET L'ESTACADE.
Eau-forte de Martial.

Longeons la Halle aux Vins, ces «catacombes de la soif», et, avant de regagner la rive droite, arrêtons-nous respectueusement sur le pont de l'Estacade, tout près du petit monument élevé par ses admirateurs à l'illustre sculpteur Barye, le grand Barye qui, méconnu, bafoué, saisi par ses créanciers, venait souvent le soir, au sortir de son modeste atelier du quai des Célestins, oublier ses souffrances et rêver, à cette place même, devant le splendide panorama de Paris que couronne la noble silhouette du Panthéon. C'est l'un des plus admirables aspects de la grande Ville.


Rien n'est plus relatif qu'une impression ressentie; pour certains esprits amoureux du Passé, telle ruine est beaucoup plus impressionnante que le plus moderne des palais, et aussi les rues, les maisons, les pavés.

Il est une heure exquise pour évoquer l'âme du vieux Paris: c'est le crépuscule.

La couleur particulière à chaque chose s'est fondue dans les teintes générales que répandent le jour qui s'en va et la nuit qui commence.