LE MARCHÉ DES INNOCENTS AU XVIIIe SIÈCLE.
Musée Carnavalet.

La rue Quincampoix recèle encore quelques vieux hôtels où sont venus se loger des «spécialités médicales», des «caves fromagères», des «fabricants d'eau de seltz», des «fantaisies pour confiseurs», etc. Aux nos 58, 28, 14, 15, et surtout au nº 10, se rencontrent des restes de fer forgé, des balcons rompus, des mascarons de pierre écornés... Mais tout cela se désagrège, se disloque, tombe en ruine et ce n'est que par un sérieux effort d'imagination que l'on peut reconstituer, dans ce décor de misère, la vie de luxe, de fièvre et d'agiotage qui jadis emplissait cette vieille rue, empuantie aujourd'hui de relents pharmaceutiques et d'odeurs rances de pommes de terre frites.

La prophétie de Collé s'est réalisée: «On n'est plus de Paris quand on est du Marais!»

Le commerce a mis la main sur les beaux hôtels de jadis; la droguerie y a installé ses alambics; les fabricants de jouets y vendent leurs polichinelles; «l'article Paris» et le monde des camelots y règnent sans conteste.

C'est une population pauvre, laborieuse, intelligente, active, exerçant de petits métiers, dans ce qui fut de somptueux hôtels, et le contraste n'est ni sans grâce, ni sans intérêt: une visite à ces quartiers des Archives, du Marais et de Saint-Merri est certainement l'une des curiosités de Paris.


La ligne si pittoresque des grands boulevards s'étend de la Bastille à la Madeleine.

Il serait impossible de préciser l'aspect général des boulevards, chacun d'eux ayant sa physionomie spéciale, son caractère particulier.

Le boulevard Beaumarchais est tranquille et bourgeois. Rien n'a survécu du bel hôtel, surmonté d'une plume en guise de girouette et d'enseigne, qu'y éleva l'auteur du Mariage de Figaro, ni de ces jardins fameux qui firent l'émerveillement de Paris et que l'on ne pouvait visiter qu'avec des cartes spéciales, signées par Beaumarchais lui-même, et parcimonieusement distribuées.