C'est à l'angle du boulevard du Temple, à droite, devant la première maison du boulevard Voltaire, que tonnait la barricade où fut tué Delescluze, en mai 1871;—à cette place, s'élevait autrefois le Théâtre de la Gaîté,—le Théâtre Lyrique ouvrait ses portes sur l'emplacement actuel de la gare du Métropolitain, place de la République!
Le boulevard Saint-Martin, où Paul de Kock avait élu domicile pour y étudier de ses fenêtres, ouvertes à l'entresol, près la porte Saint-Martin, la vie frémissante de Paris, n'a maintenant d'animation réelle que le soir. Quatre théâtres; les Folies-Dramatiques, l'Ambigu, la Porte-Saint-Martin et la Renaissance, y apportent la vie et le mouvement, et rien n'est plus amusant que l'heure de la sortie: les cafés s'emplissent, les cigarettes s'allument, les crieurs de journaux hurlent les dernières nouvelles; on se bouscule, on se pousse; les camelots hèlent les voitures, où s'engouffrent de jolies femmes en claires toilettes et en manteaux de soirée; puis, ce sont les acteurs qui sortent, mentons bleus et cols relevés, l'air maussade souvent; enfin les jolies actrices, très attendues, qui, rapides, se glissent dans un coupé où se dissimule le plus souvent un cavalier que dénonce seul le point rouge d'une cigarette.
UNE COUR DE LA PRISON SAINT-LAZARE.
A. Schaan, pinxit. Musée Carnavalet.
RUE SAINT-MARTIN (1866).—LA TOUR DU VERT-BOIS. (Dessin de A. Maignan.)
Près de la porte Saint-Denis, à la hauteur de l'étroite rue de Cléry, commençait autrefois une montée qui fut le théâtre d'une scène tragique. C'est là que, le 21 janvier 1793, l'intrépide de Batz avait donné rendez-vous à quelques camarades. On devait tenter une suprême folie, un dernier effort pour soustraire Louis XVI à la honte de l'échafaud: forcer la ligne des soldats, se jeter sur l'escorte qui entourait la voiture et enlever le Roi.
Mais, dès la veille au soir, le Comité de Sûreté générale avait été prévenu «par un particulier connu», disent les rapports de police, du complot fou qui se tramait et toutes les précautions avaient été prises. Pendant la nuit, les gendarmes mettaient en état d'arrestation les suspects dont la liste avait été jointe à la dénonciation. De Batz, au rendez-vous, croyait trouver cent cinquante complices, ils étaient sept. Malgré leur petit nombre, ils n'hésitèrent pas, se lancèrent à la tête des chevaux et furent sabrés. Trois restèrent sur la place, de Batz put s'échapper.