— Bien sûr, une préface. — Qu’est-ce que ça peut me faire, que vous alliez aux lieux ? D’abord vous saurez une chose : Quand on a reçu de l’éducation on y va sans rien dire, aux lieux ! ou alors on est un sale mufle.

— Et si je veux y aller, moi, aux lieux ? riposta, après un instant de silence, Soupe dressé sur ses ergots. Vous n’avez pas la prétention de m’empêcher de faire mes petits besoins et d’aller aux lieux quand cela me plaît ?

Lahrier, que l’agacement gagnait, reprit :

— Je ne vous parle pas de ça.

— Vous ne me parlez pas de ça !

— Non, je ne parle pas de ça. J’en serais ma foi bien fâché, de vous empêcher d’aller aux lieux ! et si, même, je souhaite quelque chose, c’est que vous y élisiez domicile une fois pour toutes ! que vous y passiez votre vie ! que vous ne les quittiez jamais ! J’aurais au moins le soulagement de ne plus voir votre sale tête. — Je vous dis simplement ceci : que vous ne seriez point compromis pour aller aux lieux comme tout le monde, discrètement, en homme bien élevé, sans proclamer : « Je vais aller faire mes petits besoins » avec des airs de jeune espiègle.

Il disait des choses sensées, mais la stupidité du père Soupe atteignait en folle surdité, en extravagante obstination, aux limites les plus reculées du chimérique et de l’irréel.

— A-t-on jamais vu ! clama, indignée, cette vieille bête. Un moutard (on lui presserait le nez, il en sortirait du lait) qui voudrait m’empêcher d’aller aux cabinets et de faire mes nécessités !…

Lahrier, que venait de mettre sur pieds le contre-choc d’un double coup de poing violemment abattu parmi les paperasses de sa table, cria :

— Je ne vous parle pas de cela, encore une fois ! Je vous dis et je vous répète que vous pouvez très bien aller aux cabinets sans donner à cet événement l’importance d’un crime d’État !