Mais :

— J’ai soixante-quatre ans, déclara le père Soupe qui n’avait pas compris un mot ; personne ne m’a jamais commandé ! et il faudrait, jour de Dieu, qu’arrivé à soixante-quatre ans, je rencontre un galopin pour se permettre de me donner des ordres…

— Soupe !!!!

— … et pour jeter les hauts cris quand je veux aller aux commodités satisfaire mes petits besoins !…

C’en était trop.

Les ongles entrés en la table, telles des lames aiguës de canif :

— Soupe, taisez-vous ! hurla Lahrier. Taisez-vous, Soupe, et cavalez ! Disparaissez à l’instant même, ou je vous transforme en quelque chose ! En quoi ? je n’en sais rien, mais je vous change ! ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Vous m’êtes odieux, entendez-vous ? votre vue m’est abominable et le seul son de votre voix suffirait à me faire tomber dans des attaques d’épilepsie ! Oui, très sérieusement je vous le dis : ÇA A CESSÉ D’ÊTRE POSSIBLE et je sens la minute prochaine où un miracle sera à la portée de ma main !… Allez-vous-en Soupe ! fichez le camp ! La sagesse même et la prudence vous le conseillent ici par ma bouche !

Du coup, le père Soupe eut le trac.

Les mains au ciel :

— Quel homme ! fit-il.